lundi 25 janvier 2021

Les mythes du coq « fou » et du coq « mou » chez le Grand Tétras

Grand tétras marqué en parade (M. Gauthier-Clerc)

Régulièrement des coqs de Grand Tétras au comportement inhabituel sont signalés. Leur point commun est dêtre confiants vis-vis à des humains. Ils sont signalés lorsquils sapprochent des activités humaines, comme des pistes de ski ou dans les villages.

Ces coqs sont parfois en parade nuptiale, et peuvent alors devenir agressifs vis-à-vis des passants, randonneurs ou skieurs. Lun deux dans le Haut-Jura a fait le tour des réseaux sociaux ces dernières semaines.

Le « fou » et le « mou »

Depuis des dizaines dannées, ces coqs ont été désignés par les termes « mou » et « fou » et ces termes se sont imposés à tous, mais à tort:

« Mou » quand le coq est observé en train de manger, se reposer. Le terme « mou » signifie cependant  quil aurait une pathologie, le rendant apathique, affaibli

« Fou » quand le coq est observé en train de parader, et parfois dêtre agressif. Le terme «fou » désigne une pathologie dordre psychiatrique.

Ces coqs sont également décrits comme passant de «mou » à « fou », et inversement, comme s’ils souffraient dun trouble bipolaire. Ces descriptions et ces termes amènent ainsi à la conclusion fréquente  que ces coqs sont le résultat dune population dégénée,  malades et en déclin. Il a été aussi dit, sans élément, que ce comportement serait le résultat dune dégradation de lhabitat.

Ces termes « fou » et « mou » ne correspondent pas à leur comportement réel et nont pas de réalité médicale prouvée. Ils sont une projection, une interprétation dun comportement qui simplement nest pas habituel pour nous.

Le point commun à tous ces coqs est quils sont confiants, et non pas farouches, comme beaucoup lattendent de tout animal sauvage.

Depuis 2015, nous menons un programme de suivi par marquage de ces individus dans le Massif du Jura, sous la responsabilité de Pierre Durlet (bagueur du Centre de Recherche sur la Biologie des Populations des Oiseaux).

Ce que lon sait

Au sens dical vétérinaire,  il ny a aucun élément montrant quils sont malades.

Les  mesures  de  parasites,  leur  poids,  leur  comportement  ne  montrent  aucun  signe  de maladie ou de faiblesse.

Leur comportement diffère seulement par une confiance à la présence humaine.

Il sagit en majorité de jeunes mâles, de 1 à 2 ans, donc peu expérimenté et qui explore leur environnement. Les individus en parade nuptiale et parfois agressifs ont plutôt dépassé lâge de deux ans et peuvent garder ce comportement plusieurs années de suite.

Ce comportement sobserve partout, en Scandinavie, en Autriche ou Russie, où lespèce reste bien répandue.

Les coqs ne sont pas imprégnés. Le terme imprégnation signifierait quils considéreraient les humains comme de leur espèce. Les suivis montrent  quils arrivent à vivre dans leur milieu naturel et sont présents sur des places de chant (lieux de rassemblement des Grands tras en période de reproduction).

Il ny a actuellement aucune preuve dun dérèglement hormonal. Cela reste une hypothèse. Par contre, on sait que lors des parades pour la reproduction, les mâles de nombreuses espèces ont des taux dhormones comme la testostérone plus élevés et sont plus agressifs.

En  parcs  zoologiques,  si  les  Grands  tétras  sont  très  craintifs  hors  de  la  période  de reproduction,   ils   peuvent   devenir   beaucoup   plus   téméraires   et   attaquer   lors   de   la reproduction, sans doute sous leffet des hormones.

Les parades  avec de lagressivité sur les humains sont communes et considérées comme normales au Canada chez une autre espèce de tras.  Les mâles peuvent être très territoriaux toute lannée. Les parades nuptiales obseres augmentent lors de la période de reproduction, probablement en lien avec des taux dhormones plus élevés, comme la testostérone.

Ces coqs ont souvent une espérance  de vie plus faible en raison de leur confiance. Ils sont ainsi exposés aux voitures, à des coups (bâtons ou autres), au braconnage pour le trophée.

Conclusion et précaution

Ces coqs sont des oiseaux au tempérament confiant et donc pas farouche dont la cause nest pas scientifiquement identifiée. Il ny a actuellement aucun résultat qui indiquent quils aient un problème de santé.

Il ne faut plus utiliser les termes  « fou » et « mou » qui désignent des animaux malades et peuvent amener à les éliminer. Lespèce est en grand danger dans le massif du Jura et il est important de ne pas les importuner en restant à distance.

Ce texte est extrait d'un communiqué de presse de la Fondation du parc zoologique La Garenne.

Rédacteur: Michel Gauthier-Clerc (Docteur vétérinaire, directeur du zoo la Garenne, chercheur associé à Chronoenvironnement Université Bourgogne Franche Comté) et Pierre Durlet (bagueur CRBPO).

vendredi 22 janvier 2021

Bienvenue aux nouveaux bagueurs généralistes de 2021


Suite aux épreuves de qualification de l'année 2020, nous sommes ravis d'intégrer 7 nouveaux bagueurs titulaires d'un permis de baguage 'toutes espèces' (dit généralistes) au réseau du CRBPO.

Il s'agit de:

Damien CHIRON (La Réunion),

Julie DESCHAMPS (Aquitaine)

Nicolas GUILBERT (Bourgogne)

Kévin GUILLE (Rhône-Alpes)

Loïc LEDUCQ (Nord)

Benjamin PELLEGRINI (Bretagne)

Valentin VAUTRAIN (Normandie) 

Ils s'ajoutent aux 346 bagueurs déjà titulaires d'un permis de baguage généraliste (en cours de validité en fin d'année 2020).

Félicitations !

Rédacteurs: Pierre Fiquet et Pierre-Yves Henry

mardi 5 janvier 2021

Rester en halte migratoire ou repartir ? Quels déterminants et comment l'analyser ? Réponses en vidéo

Dr. Sébastien ROQUES

Pour les oiseaux en migration, l'enjeu est de bien répartir leur temps entre le vol et les périodes de halte migratoire. Ces étapes sur le chemin vers leurs zones d'hivernage sont obligatoires pour restaurer les réserves énergétiques utilisées pendant les vols sur de longues distances, au-dessus de zones inconnues voire inhospitalières. Elles sont aussi nécessaires pour le repos et la récupération physique. Les suivis réguliers de sites de halte migratoire par baguage (cf. protocole SEJOUR) ont pour but de documenter cette écologie de la halte migratoire. Sébastien Roques en a fait l'objet central de sa thèse de doctorat de l'Université de Toulouse III Paul Sabatier, intitulée Études des déterminants du départ d’un site de halte migratoire: modélisation et implications pour la gestion, soutenue le 9 décembre 2020 par visioconférence. C'est une tristesse pour Sébastien d'avoir soutenu dans de telles conditions... mais c'est aussi une chance: la soutenance a été enregistrée, et cela vous permet d'en bénéficier.

Pour visionner sa présentation sur le sujet, et les échanges avec le jury, rendez-vous sur: https://youtu.be/jyfeWMQ1xVE?t=1 (ou cliquer sur la vidéo ci-dessous).


Cette vidéo est composée d’une présentation d’environ 45min, pendant laquelle Sébastien a choisi de développer ses travaux sur la modélisation de la probabilité de départ de halte migratoire chez des passereaux paludicoles, et ses déterminants. S'en suit la discussion avec le jury sur une durée d'un peu plus de 2h. Cette présentation traite des questions écologiques et méthodologiques relatives à l’étude de la halte migratoire à partir des données de baguage. Elle se structure en 3 cas d’études, reposant sur les jeux de données collectés par le réseau des bagueurs du CRBPO. Le premier cas d'étude porte sur la halte migratoire (en particulier les déterminants du départ) du phragmite des joncs sur la station de de Trunvel, à partir de 30 ans de données. Le second cas d'étude se place à l'échelle de la communauté de passereaux paludicoles s'arrêtant en halte sur un même site. Le but était d'étudier la synchronisation des départs entre 3 espèces s'arrêtant sur un même site (étude répliquée sur 3 sites). Enfin, le troisième cas d'étude utilise des données simulées pour vérifier la capacité des modèles de capture-marquage-recapture à estimer une durée de halte moyenne qui pourrait servir d’outil à la gestion et à la conservation des sites de halte migratoire.

Les propos de Sébastien sont facilement compréhensibles et orientés vers la gestion des sites de halte migratoire. Cette soutenance est ainsi une occasion rare de prendre connaissance des principes d'analyses des données de halte migratoire, et des connaissances qui en découlent sur la durée de halte migratoire (3 fois supérieure à la durée minimale observée), et les déterminants de la probabilité de repartir en migration (qui s'avère être largement dépendante du temps passé sur le site, et relativement synchrone entre espèces d'un même milieu). Enfin, il énonce les perspectives pour une application en évaluation de gestion d'habitat en faveur de la fonctionnalité écologique pour les passereaux migrateurs.

Pour en savoir plus, vous pouvez lire son manuscrit de thèse de doctorat: Roques, S (2020). Études des déterminants du départ d’un site de halte migratoire: modélisation et implications pour la gestion. Thèse de doctorat de l'Université Toulouse III Paul Sabatier, Toulouse, 222 p.

Ce travail a été dirigé par Roger Pradel (Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, CNRS) et Emmanuelle Cam (Laboratoire Évolution et Diversité Biologique de l'Université de Toulouse III, puis Laboratoire des Sciences de l’Environnement Marin de l'Université de Bretagne Occidentale), en étroite collaboration avec Pierre-Yves Henry (CRBPO, Mécanismes adaptatifs et Evolution, Muséum) pour les études portant sur la passereaux paludicoles. 

Ces études ont été possibles grâce à l'implication sur des décennies de dizaines de bagueurs d'oiseaux, bénévoles et professionnels. Les suivis à Trunvel (Baie d'Audierne) ont été assurés par Bretagne Vivante, coordonnés par Bruno Bargain puis Gaétan Guyot. Les suivis sur les sites permettant l'étude de la synchronie ont été assurés par ACROLA à Donges (Estuaire de la Loire), coordonné par Hubert Dugué (2009-2014), par l'ONCFS/OFB au Massereau (Estuaire de la Loire), coordonné par Jean-Luc Chil puis Sébastien Gautier (2014-2016), et par la Maison de l'Estuaire de la Seine, coordonné par Pascal Provost (2007-2009).

Résumé de la thèse
Chaque année des dizaines de millions d’oiseaux migrateurs voyagent entre leurs aires de reproduction et leurs aires d’hivernage. Ce voyage de plusieurs milliers de kilomètres implique des contraintes météorologiques et énergétiques qui conduisent les oiseaux à effectuer des haltes migratoires. Les contraintes énergétiques forcent alors les oiseaux à refaire leurs réserves d’énergie durant ces haltes pour pouvoir effectuer de nouveau un vol de plusieurs centaines de kilomètres. En conséquence de cela, plus de 80% du temps total de migration est passé sur les sites de halte. Mieux comprendre les déterminants du départ d’un site de halte migratoire est donc crucial pour mieux appréhender le phénomène de la migration dans sa globalité ainsi que les variations de fitness d’une espèce. C’est pourquoi cette thèse, à l’interface entre modélisation et écologie de la migration, vise à obtenir une meilleure compréhension des décisions d’oiseaux migrateurs lors de leurs haltes à partir de données de capture-marquage-recapture récoltées parfois depuis des dizaines d’années et sur différents sites. En plus de cela, les potentielles implications en termes de gestion d’un site de halte seront abordées. La thèse s’articule sous la forme de 4 parties principales.

La première vise à mesurer la part relative des conditions environnementales et du temps depuis l’arrivée dans la décision de départ d’un passereau migrateur. Elle a démontré que le temps depuis l’arrivée était alors plus important que les conditions environnementales pour un passereau migrateur transsaharien quand il s’agissait de décider de partir d’un site de halte.

La seconde consiste à évaluer comment différents trajets de migration influencent les décisions de départ sur différents sites de halte d’une même espèce de limicole. Elle a de son côté démontré que la durée moyenne de halte était plus longue pour les oiseaux se préparant à un vol au-dessus de l’océan mais que les conditions environnementales choisies pour le départ convergeaient entre les deux sites.

La troisième a pour but le développement d’un modelé multi-espèces pour explorer la synchronie dans la décision de départ d’un site de halte entre plusieurs espèces de passereaux migrateurs transsahariens. Elle a révélé que les variations quotidiennes de probabilités de départ étaient fortement synchrones entre les différentes espèces et que ce résultat était réplicable entre différents sites. De plus, dans la continuité́ de la partie 1, elle a révélé que le temps depuis l’arrivée était l’élément qui tendait à synchroniser les variations de probabilités de départ entre les espèces.

La quatrième porte sur le pourquoi et comment utiliser la durée de halte estimée par les modèles de capture-recapture comme un outil de gestion des zones de halte migratoire. Elle passe en revue les différents aspects utiles de cette métrique pour des problématiques de gestion et de conservation des oiseaux migrateurs.

Dans l’ensemble, ces travaux permettent d’affiner nos connaissances sur les décisions de départ d’un site de halte migratoire et des outils d’analyses associés pouvant à la fois être utiles pour découvrir de nouvelles facettes de la migration ainsi que pour la gestion et la conservation des oiseaux migrateurs et de leurs zones de halte.

Rédacteurs: Sébastien Roques et Pierre-Yves Henry

lundi 4 janvier 2021

Transmission de 2 millions de données d'occurrence d'oiseaux à l'Inventaire National du Patrimoine Naturel

Archives de baguage du CRBPO
Lors des suivis d’oiseaux marqués, nous collectons des données d’occurrence d’espèces, en un lieu, une date et avec un effectif définis. Ces informations sont nécessaires et utiles à de multiples autres fins que les suivis sur le devenir et les déplacements des oiseaux. Ces données synthétiques d’occurrence sont dorénavant transmises par le CRBPO à l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (SINP) pour diffusion via le Système d’information de l’INventaire du Patrimoine naturel (SINP) national.

La première transmission a eu lieu en octobre 2020, et vient d'être annoncée par l'INPN (voir le communiqué). Elle contenait 2,24 millions de données concernant 834 espèces d’oiseaux sur la période 1902-2019. Cela correspond à 2.8% des données contenues à ce jour dans le SINP (3.6% des données de moins de 5 ans). Ces données ont apporté les premières informations d'occurrence dans le SINP pour 619 espèces à l'échelle communale (11140 communes), et pour 121 espèces à l'échelle départementale (73 départements). Un envoi des données nouvellement collectées (ou numérisées) sera fait chaque année, en mai de l’année suivant la collecte. Par cet intermédiaire, les données deviennent disponibles p.ex. pour les SINP régionaux, ainsi qu'à l'international (p. ex. Global Biodiversity Information Facility).

Pour savoir quelles données sont diffusées, et pourquoi, consultez l'article dédié sur le site du CRBPO.

Pour consulter la description de ce jeu de données sur le portail de l'INPN, rendez-vous sur le descriptif des données CRBPO.

Pour consulter toutes les données contenues dans l'INPN, rendez-vous sur la page OpenObs.

Bonnes explorations de données de présence d'oiseaux collectées lors des actions de capture pour marquage et réobservations ultérieures. Ces données ont été collectées par des milliers de bagueurs d'oiseaux, et des dizaines de milliers de ré-observateurs.

Rédaction: Pierre-Yves Henry, Olivier Dehorter et Solène Robert.