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vendredi 29 mai 2020

Halte migratoire de la Gorgebleue à miroir dans une zone humide fortement anthropisée

Gorgebleue à miroir (P. Fontanilles)
Les zones humides sont des habitats très productifs utilisés par de nombreuses espèces d’oiseaux comme halte migratoire. Cependant, ces habitats sont fortement menacés, impactés et réduits par les activités humaines (changements d'usage des sols, assèchement, abandon, introduction d'espèces exotiques envahissantes, réchauffement climatique...). Une meilleure compréhension de l'utilisation spatio-temporelle des zones humides et de leurs zones environnantes par les oiseaux migrateurs est essentielle pour prédire comment ces changements pourraient affecter leur écologie pendant leur migration.
Nous avons choisi un passereau généraliste, la Gorgebleue à miroir Luscinia svecica, comme modèle pour comprendre comment les oiseaux migrateurs exploitent une zone humide très anthropisée du sud-ouest de la France (Barthes de la Nive) pendant la migration d'automne. Nous avons capturé et radio-suivi 29 jeunes Gorgebleue sur ce site, pour caractériser différents aspects de son écologie et comportement, tels que temps de séjour, sélection de l'habitat et taille du domaine vital. Nous avons également analysé le régime alimentaire et évaluer les ressources trophiques en arthropodes de différents habitats. 
Les gorgebleues ont sélectionné positivement les roselières pures ou mixtes (associées au carex), les prairies hydrophiles et les cultures de maïs. Les oiseaux séjournant plus d'un jour, 8,4 jours en moyenne, utilisaient de préférence des cultures de maïs. La superficie des domaines vitaux était en moyenne de 5,8 ha (Kernels 95) et celle des zones de forte fréquentation était de 1,36 ha (Kernels 50) avec une grande variation individuelle.
Les gorgebleues s'arrêtant avec de faibles réserves énergétiques avaient des domaines vitaux plus grands et utilisaient de préférence des cultures de maïs, des prairies humides ou mésotrophes et des sentiers ruraux. Les roselières étaient généralement utilisées en dortoirs pour la majorité des oiseaux, situés en moyenne à 397 m des surfaces exploitées de jour. Les oiseaux séjournant de courte durée avaient des réserves énergétiques plus élevées et limitaient leurs activités à un domaine vital plus petit (1 ha) dans des roselières pures et mixtes. Le régime alimentaire des gorgebleues était dominé par les fourmis, les araignées et les coléoptères. Ces derniers étaient particulièrement abondants dans les cultures de maïs.
L'utilisation de ces cultures par les gorgebleues migrant en automne sur notre site d'étude semble une solution raisonnable dans un environnement très altéré. Absence ou réduction des insecticides dans les cultures, usage raisonné des engrais, et report des récoltes après la mi-octobre sont deux mesures supplémentaires qui, associées à une bonne gestion des parcelles de zones humides restantes, pourraient grandement favoriser la Gorgebleue et d'autres espèces migratrices insectivores de cette région.


Pour en savoir plus: 

 

jeudi 19 juillet 2018

Proportion significative de Gorgebleues à miroir de Nantes (Cyanecula svecica namnetum) découverte dans une population de Gorgebleues hivernant au Maroc




Afin de commencer à documenter l’importance potentielle des marais littoraux nord africains pour la Gorgebleue à miroir de Nantes (Cyanecula svecica namnetum, sous-espèce endémique des côtes françaises), pendant dix jours de l’hiver 2015-2016, l’équipe de BioSphère Environnement (www.biosphere-environnement.com) a conduit une campagne de baguage au Maroc, au sein de l’éco-complexe Sidi Moussa-Walidia (32°46'52.10"N, 08°58'33.30"O). 

Exemple d’habitat propice à l’hivernage de la Gorgebleue à miroir au sein de l’éco-complexe de Sidi Moussa-Walidia (Maroc).
 L’analyse des données biométriques et l’utilisation d’une méthode de ré-échantillonnage non paramétrique des données ont révélés au sein de la population échantillonnée une proportion moyenne d’oiseaux identifiables comme Gorgebleues à miroir de Nantes d’au moins 38% (17 - 54% dans l’intervalle de confiance 95%). Malgré la petitesse de l’échantillon (n = 24 captures) ces données collectées pour la première fois en Afrique du Nord sur une échelle spatiale et temporelle limitée, confirment : 1) la proportion potentiellement significativement importante de C. svecica namnetum parmi les populations de Gorgebleues à miroir hivernant au sein des zones humides littorales nord africaines et 2) l’attention particulière devant être portée à ces espaces pour une meilleure prise en compte des menaces pesant sur les populations de cette sous-espèce à effectifs limitées et fortement dépendante des zones humides littorales atlantiques.


Gorgebleue à miroir de Nantes (Cyanecula svecica namnetum) capturée et baguée au sein de l’éco-complexe de Sidi Moussa-Walidia (Maroc).

Référence :

Musseau R. & Beslic S. (2017) - Significant proportion of the French coastal endemic Bluethroat (Cyanecula svecica namnetum) discovered in a Bluethroat population wintering in the Sidi Moussa-Walidia complex (Morocco). Bulletin de l'Institut Scientifique de Rabat, Section Sciences de la Vie, n°39: 19-22.


mardi 14 novembre 2017

Attraction d’autres espèces par le chant de la Gorge-bleue à miroir durant la migration postnuptiale: un test expérimental


Gorgebleue à miroir

Il est bien connu que l'utilisation d’un leurre acoustique pour une espèce peut biaiser la population capturée de cette espèce (selon le sexe, l'âge ou l'état corporel) pendant les sessions de baguage au filets. Cependant, la possibilité que cet effet affecte les captures hétérospécifiques a été moins explorée et manque de preuves expérimentales solides. De la Hera et al. (2017) ont testé par une approche expérimentale si l'utilisation d'un leurre acoustique de la Gorge-bleue à miroir Luscinia svecica modifiait le nombre total doiseaux 'hétérospécifiques capturés durant la migration d'automne dans une zone humide située dans le sud-ouest de la France. Nous avons constaté une augmentation du taux de capture des espèces non ciblées. Cela montre que l'utilisation de leurre acoustique peut être une source d'erreur méthodologique pour la communauté des oiseaux tout au long des campagnes de baguage.

Pour en savoir plus:


mercredi 8 mars 2017

Intérêts des espaces intertidaux pour la Gorgebleue à miroir de Nantes (Cyanecula svecica namnetum) en période de mue post-nuptiale


Chez les oiseaux, le renouvellement du plumage (mue) est un phénomène pouvant entraîner une dépense métabolique conséquente. L’étude du déroulement de ce phénomène (périodes, durées, habitats et ressources trophiques exploités par les individus) peut être un élément clef pour la conservation de certaines espèces en mauvais état de conservation ou méritant une vigilance accrue. Un travail sur la Gorgebleue à miroir de Nantes (Cyanecula svecica namnetum, sous-espèce endémique des espaces du littoral Manche-Atlantique) vient de révéler les avantages particuliers dont peuvent bénéficier les individus en effectuant leur mue post-nuptiale sur les zones humides soumises au balancement des marées. Dans le cadre de ce programme, le suivi par radio-pistage de 16 individus sur deux ans a permis de montrer qu’en se maintenant sur les estrans pendant leur mue, les oiseaux peuvent limiter leurs déplacements et exploiter de petites surfaces : 0,42 à 1,34 hectares, typiques d’espaces où les ressources trophiques sont abondantes et prédictibles. L’analyse des restes chitineux, contenus dans les fientes des oiseaux prélevées lors des captures, a révélé que les individus en mue tendent à consommer un grand nombre d’amphipodes : petits crustacés marins, en particulier utilisés en pisciculture pour favoriser la croissance rapide de certaines espèces de poissons. Enfin, le suivi de la masse des individus du début à la fin de la période de renouvellement du plumage a montré qu’en muant sur les zones humides intertidales, les oiseaux parviennent à conserver en fin de période de mue une masse équivalente à celle mesurée avant le début du phénomène, comme chez des individus de la sous-espèce svecica dont la mue à été étudiée en captivité, avec des ressources alimentaires illimitées. Cette étude conforte différents travaux relatifs à l’importance des estrans pour la communauté des passereaux paludicoles, en particulier soulignée pour des espèces telles que le Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola) qui exploite en grand nombre les espaces littoraux au cours de sa migration post-nuptiale. Ces différents travaux mettent en lumière la vigilance qu’il convient d’adopter pour la conservation des fonctionnalités écologiques des zones humides intertidales, en particulier dans le contexte d’élévation du niveau marin et des perturbations des régimes hydro-sédimentaires actuellement constatées sur de nombreux espaces littoraux.

Illustration : Gorgebleue à miroir de Nantes (Cyanecula svecica namnetum). Mâle adulte en plumage nuptiale (gauche) et aile d’un individu en mue active des rémiges lors de la période post-nuptiale (droite).
© BioSphère Environnement.


Pour en savoir plus :



Lien de consultation et de téléchargement de l’article :
http://espacesite.pagesperso-orange.fr/raphael-musseau/musseau_et_al_ardeola_2017.pdf

mercredi 20 janvier 2016

La repasse en migration: plus d'oiseaux capturés, avec des biais modérés

Un article récent dans Journal of Ornithology (Wojczulanis-Jakubas et al. 2015) quantifie le biais induit par l'usage de la repasse en période de migration sur le nombre et les caracéristiques des individus capturés. Les résultats majeurs sont (1) que ça a l'effet escompté: le nombre d'oiseaux capturé est fortement augmenté (x 2.5 pour la rousserolle effarvatte, x 3.6 sur le phragmite des joncs), (2) sans biais majeur d'âge-ratio ou de condition corporelle, (3) mais avec un biais d'attraction en faveur des mâles chez le phragmite des joncs.


Notons qu'une étude récente dans Bird Study (Arizaga et al. 2015, impliquant Raphaël Musseau et Philippe Fontanilles) sur la gorgebleue à miroir avait quant à elle identifiée que l'effet de la repasse sur les effectifs capturés et le taux de recapture variait entre sites (nul sur 2 sites, x 2 sur un site), et que la repasse attire plus d'individus avec une adiposité faible.
Ces résultats sont d'intérêt pour l'interprétation des données des suivis PHENO et SEJOUR. Notons qu'ils ne nous informe par sur le biais induit en terme de temps de séjour.


Références:
Arizaga, J., Musseau, R., Laso, M., Esparza, X., Unamuno, E., Azkona, A., & Fontanilles, P. (2015). Bias associated with the use of playback in stopover ecology studies of Bluethroats Luscinia svecica. Bird Study.

Wojczulanis-Jakubas, K., Wietrzykowski, J., & Jakubas, D. (2015). Response of reed warbler and sedge warbler to acoustic playback in relation to age, sex, and body condition. Journal of Ornithology, 157(1), 137–143. http://doi.org/10.1007/s10336-015-1260-z