vendredi 22 janvier 2021

Bienvenue aux nouveaux bagueurs généralistes de 2021


Suite aux épreuves de qualification de l'année 2020, nous sommes ravis d'intégrer 7 nouveaux bagueurs titulaires d'un permis de baguage 'toutes espèces' (dit généralistes) au réseau du CRBPO.

Il s'agit de:

Damien CHIRON (permis Ile de la Réunion),

Julie DESCHAMPS, 

Nicolas GUILBERT, 

Kévin GUILLE, 

Loïc LEDUCQ, 

Benjamin PELLEGRIN

Valentin VAUTRAIN

Ils s'ajoutent aux 346 bagueurs déjà titulaires d'un permis de baguage généraliste (en cours de validité en fin d'année 2020).

Félicitations !

Rédacteurs: Pierre Fiquet et Pierre-Yves Henry

mardi 5 janvier 2021

Rester en halte migratoire ou repartir ? Quels déterminants et comment l'analyser ? Réponses en vidéo

L'auteur: Sébastien Roques

Pour les oiseaux en migration, l'enjeu est de bien répartir leur temps entre le vol et les périodes de halte migratoire. Ces étapes sur le chemin vers leurs zones d'hivernage sont obligatoires pour restaurer les réserves énergétiques utilisées pendant les vols sur de longues distances, au-dessus de zones inconnues voire inhospitalières. Elles sont aussi nécessaires pour le repos et la récupération physique. Les suivis réguliers de sites de halte migratoire par baguage (cf. protocole SEJOUR) ont pour but de documenter cette écologie de la halte migratoire. Sébastien Roques en a fait l'objet central de sa thèse de doctorat de l'Université de Toulouse III Paul Sabatier, intitulée Études des déterminants du départ d’un site de halte migratoire: modélisation et implications pour la gestion, soutenue le 9 décembre 2020 par visioconférence. C'est une tristesse pour Sébastien d'avoir soutenu dans de telles conditions... mais c'est aussi une chance: la soutenance a été enregistrée, et cela vous permet d'en bénéficier.

Pour visionner sa présentation sur le sujet, et les échanges avec le jury, rendez-vous sur: https://youtu.be/jyfeWMQ1xVE?t=1 (ou cliquer sur la vidéo ci-dessous).


Cette vidéo est composée d’une présentation d’environ 45min, pendant laquelle Sébastien a choisi de développer ses travaux sur la modélisation de la probabilité de départ de halte migratoire chez des passereaux paludicoles, et ses déterminants. S'en suit la discussion avec le jury sur une durée d'un peu plus de 2h. Cette présentation traite des questions écologiques et méthodologiques relatives à l’étude de la halte migratoire à partir des données de baguage. Elle se structure en 3 cas d’études, reposant sur les jeux de données collectés par le réseau des bagueurs du CRBPO. Le premier cas d'étude porte sur la halte migratoire (en particulier les déterminants du départ) du phragmite des joncs sur la station de de Trunvel, à partir de 30 ans de données. Le second cas d'étude se place à l'échelle de la communauté de passereaux paludicoles s'arrêtant en halte sur un même site. Le but était d'étudier la synchronisation des départs entre 3 espèces s'arrêtant sur un même site (étude répliquée sur 3 sites). Enfin, le troisième cas d'étude utilise des données simulées pour vérifier la capacité des modèles de capture-marquage-recapture à estimer une durée de halte moyenne qui pourrait servir d’outil à la gestion et à la conservation des sites de halte migratoire.

Les propos de Sébastien sont facilement compréhensibles et orientés vers la gestion des sites de halte migratoire. Cette soutenance est ainsi une occasion rare de prendre connaissance des principes d'analyses des données de halte migratoire, et des connaissances qui en découlent sur la durée de halte migratoire (3 fois supérieure à la durée minimale observée), et les déterminants de la probabilité de repartir en migration (qui s'avère être largement dépendante du temps passé sur le site, et relativement synchrone entre espèces d'un même milieu). Enfin, il énonce les perspectives pour une application en évaluation de gestion d'habitat en faveur de la fonctionnalité écologique pour les passereaux migrateurs.

Pour en savoir plus, vous pouvez lire son manuscrit de thèse de doctorat: Roques, S (2020). Études des déterminants du départ d’un site de halte migratoire: modélisation et implications pour la gestion. Thèse de doctorat de l'Université Toulouse III Paul Sabatier, Toulouse, 222 p.

Ce travail a été dirigé par Roger Pradel (Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, CNRS) et Emmanuelle Cam (Laboratoire Évolution et Diversité Biologique de l'Université de Toulouse III, puis Laboratoire des Sciences de l’Environnement Marin de l'Université de Bretagne Occidentale), en étroite collaboration avec Pierre-Yves Henry (CRBPO, Mécanismes adaptatifs et Evolution, Muséum) pour les études portant sur la passereaux paludicoles. 

Ces études ont été possibles grâce à l'implication sur des décennies de dizaines de bagueurs d'oiseaux, bénévoles et professionnels. Les suivis à Trunvel (Baie d'Audierne) ont été assurés par Bretagne Vivante, coordonnés par Bruno Bargain puis Gaétan Guyot. Les suivis sur les sites permettant l'étude de la synchronie ont été assurés par ACROLA à Donges (Estuaire de la Loire), coordonné par Hubert Dugué (2009-2014), par l'ONCFS/OFB au Massereau (Estuaire de la Loire), coordonné par Jean-Luc Chil puis Sébastien Gautier (2014-2016), et par la Maison de l'Estuaire de la Seine, coordonné par Pascal Provost (2007-2009).

Résumé de la thèse
Chaque année des dizaines de millions d’oiseaux migrateurs voyagent entre leurs aires de reproduction et leurs aires d’hivernage. Ce voyage de plusieurs milliers de kilomètres implique des contraintes météorologiques et énergétiques qui conduisent les oiseaux à effectuer des haltes migratoires. Les contraintes énergétiques forcent alors les oiseaux à refaire leurs réserves d’énergie durant ces haltes pour pouvoir effectuer de nouveau un vol de plusieurs centaines de kilomètres. En conséquence de cela, plus de 80% du temps total de migration est passé sur les sites de halte. Mieux comprendre les déterminants du départ d’un site de halte migratoire est donc crucial pour mieux appréhender le phénomène de la migration dans sa globalité ainsi que les variations de fitness d’une espèce. C’est pourquoi cette thèse, à l’interface entre modélisation et écologie de la migration, vise à obtenir une meilleure compréhension des décisions d’oiseaux migrateurs lors de leurs haltes à partir de données de capture-marquage-recapture récoltées parfois depuis des dizaines d’années et sur différents sites. En plus de cela, les potentielles implications en termes de gestion d’un site de halte seront abordées. La thèse s’articule sous la forme de 4 parties principales.

La première vise à mesurer la part relative des conditions environnementales et du temps depuis l’arrivée dans la décision de départ d’un passereau migrateur. Elle a démontré que le temps depuis l’arrivée était alors plus important que les conditions environnementales pour un passereau migrateur transsaharien quand il s’agissait de décider de partir d’un site de halte.

La seconde consiste à évaluer comment différents trajets de migration influencent les décisions de départ sur différents sites de halte d’une même espèce de limicole. Elle a de son côté démontré que la durée moyenne de halte était plus longue pour les oiseaux se préparant à un vol au-dessus de l’océan mais que les conditions environnementales choisies pour le départ convergeaient entre les deux sites.

La troisième a pour but le développement d’un modelé multi-espèces pour explorer la synchronie dans la décision de départ d’un site de halte entre plusieurs espèces de passereaux migrateurs transsahariens. Elle a révélé que les variations quotidiennes de probabilités de départ étaient fortement synchrones entre les différentes espèces et que ce résultat était réplicable entre différents sites. De plus, dans la continuité́ de la partie 1, elle a révélé que le temps depuis l’arrivée était l’élément qui tendait à synchroniser les variations de probabilités de départ entre les espèces.

La quatrième porte sur le pourquoi et comment utiliser la durée de halte estimée par les modèles de capture-recapture comme un outil de gestion des zones de halte migratoire. Elle passe en revue les différents aspects utiles de cette métrique pour des problématiques de gestion et de conservation des oiseaux migrateurs.

Dans l’ensemble, ces travaux permettent d’affiner nos connaissances sur les décisions de départ d’un site de halte migratoire et des outils d’analyses associés pouvant à la fois être utiles pour découvrir de nouvelles facettes de la migration ainsi que pour la gestion et la conservation des oiseaux migrateurs et de leurs zones de halte.

Rédacteurs: Sébastien Roques et Pierre-Yves Henry

lundi 4 janvier 2021

Transmission de 2 millions de données d'occurrence d'oiseaux à l'Inventaire National du Patrimoine Naturel

Archives de baguage du CRBPO
Lors des suivis d’oiseaux marqués, nous collectons des données d’occurrence d’espèces, en un lieu, une date et avec un effectif définis. Ces informations sont nécessaires et utiles à de multiples autres fins que les suivis sur le devenir et les déplacements des oiseaux. Ces données synthétiques d’occurrence sont dorénavant transmises par le CRBPO à l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (SINP) pour diffusion via le Système d’information de l’INventaire du Patrimoine naturel (SINP) national.

La première transmission a eu lieu en octobre 2020, et vient d'être annoncée par l'INPN (voir le communiqué). Elle contenait 2,2 millions de données concernant plus de 830 espèces d’oiseaux sur la période 1909-2019. Cela correspond à 3% des données contenues à ce jour dans le SINP. Un envoi des données nouvellement collectées (ou numérisées) sera fait chaque année, en mai de l’année suivant la collecte. Par cet intermédiaire, les données deviennent disponibles p.ex. pour les SINP régionaux, ainsi qu'à l'international (p. ex. Global Biodiversity Information Facility).

Pour savoir quelles données sont diffusées, et pourquoi, consultez l'article dédié sur le site du CRBPO.

Pour consulter la description de ce jeu de données sur le portail de l'INPN, rendez-vous sur le descriptif des données CRBPO.

Pour consulter toutes les données contenues dans l'INPN, rendez-vous sur la page OpenObs.

Bonnes explorations de données de présence d'oiseaux collectées lors des actions de capture pour marquage et réobservations ultérieures. Ces données ont été collectées par des milliers de bagueurs d'oiseaux, et des dizaines de milliers de ré-observateurs.

Rédaction: Pierre-Yves Henry, Olivier Dehorter et Solène Robert.

lundi 19 octobre 2020

Dernières reprise remarquables



 Sélection de quelques contrôles/reprises remarquables arrivés au CRBPO au cours                       du printemps/été 2020.



Quelques circonstances de reprises inhabituelles :

un mâle adulte d'Epervier Accipier nisus trouvé le 22/05/2020 dans un verger à Chateauneuf sur isère (26) fortement englué...sur une bande adhésive servant à détecter la présence d’insecte avant traitement ! Le rapace n'a pas survécu, bagué sur la même commune en Aout 2016.

Oie cendrée baguée poussin en 2003 au Marquenterre (80) retrouvée fraîchement morte avec une aile cassée sous une éolienne le 27/01/2020 à Bernay en Ponthieu (80), circonstance de découverte encore peu habituelle en France pour cette espèce, l'âge de l'oiseau (18 ans) et son origine ( population nicheuse anciennement introduite >preuve de sédentarité) sont également à relever. 

Quelques records septentrionaux : 

 Grive musicienne Turdus philomelos trouvée morte le 22/07/2020 à Lerresfjord, compté de Finnmark sur la côte de la Laponie Norvégienne à la limite nord de répartition de l'espèce. Grive baguée le 20/10/2018 au Fort Vert, Marck (62) env 2427 km de distance. A l'exception de 2 données du compté voisin de Troms toujours en Norvège, toutes les reprises de Fennoscandie proviennent de régions situées à plus de 300 km au Sud.

09/2015 St Froult (17) (c)Pierre Rousseau


Pigeon ramier Columba palumbus bagué poussin en Juin 2019 à Rovaniemi en Finlande à la limite du cercle arctique, palombe prélevée le 25/11/2019 dans les Landes (40) env 3015 km de distance. La photo ci dessous à été prise par le bagueur finlandais lors du marquage de cet individu !

 Quelques autres données plus anciennes de ramiers bagués dans cette ville existent dans la base.

Juin/2019 Rovaniemi-Finlande (c)Veikko Isomursu
 


Autres données intéressantes :

Capture accidentelle dans un filet de pêche d'un Plongeon catmarin Gavia stellata porteur d'une bague britannique le 25/04/2020 en baie de Douarnenez (29), marqué poussin le 22/07/2019 sur l'île de Hoy dans l'archipel des Orcades au Nord de l'Ecosse. Les reprises de plongeons restent rares : moins de 30 pour cette espèce en France.

Cas intéressant de dispersion pour une Ouette d'Egypte Alopochen aegyptiaca issu d'une population férale, jeune oiseau bagué le 01/07/2019 à Ludwigsburg près de Stutgart/Allemagne et reprise à 371 km  plus à l'Ouest dans la vallée de la Marne sur la commune d'Athis (51). Une nouvelle preuve de la capacité de déplacement des populations introduites de cet anatidé considéré comme"espèces exotiques envahissantes" par les pouvoirs publics.

Ouette marquée dans un parc urbain hollandais (c)Dirk Raes Cr Birding


Reprise d'une Barge rousse française à une centaine de km à l'est de l'Oural tiré le 17/05/2020 dans la région de Khanty-Mansi/Russie asiatique,  bagué mâle de première année  le 06/11/2010 dans la réserve naturelle de Moeze (17) et régulièrement observé en hivernage dans la zone grâce à sa combinaison de bagues de couleurs, env 4260 km de distance. Individu probablement en route vers ses site de nidification arctique, il s'agit seulement de la seconde donnée de reprise de bague française en Siberie pour ce limicole mais les suivis par balises ont permis d'apporter des connaissances plus précises à ce sujet ces dernières années...  

Reprise d'un Chevalier aboyeur Tringa nebularia  , bagué sur son site d'hivernage africain en Guinée-Bissau en décembre 2018, porteur d'une bague émise par le centre portugais et tiré en Aout 2019 en baie de l'Orne (14), une des rares données récentes en lien avec Afrique de l'Ouest  pour ce chevalier et la première avec ce pays.

Reprise le 17/06/2020 d'un Engoulevent d'Europe Caprimulgus europaeus porteur d'une bague espagnole percuté par une voiture sur une route du Causse Méjean (48), bagué 1A le 24/09/2019 sur la côte catalane à Mataro/Espagne. Il s'agit de la première donnée entre notre pays et la péninsule ibérique pour cette espèce dont les reprises demeurent rares.

09/2015, Vielle-Tursan(40) (c) Romain Provost

A signaler également  le record de longévité national battu pour cette espèce (dont les contrôles ne sont guère  abondants) : un mâle âgé d'au moins 8 ans recapturé le 20/06/2020 sur le site de l'ENS de la Vallée du Canut à Lassy (35) dans le cadre du protocole STOC capture, bagué au même endroit adulte en 2013. Il s'agirait du seconde record européen, max de minimum 11 ans d'après la liste d'Euring  https://euring.org/data-and-codes/longevity-list

Contrôle le 18 Mars dernier d'une Mésange charbonnière Parus major près de Varsovie dans l'Est de la Pologne, femelle de deuxième année civile baguée le 14/02/2020 dans le parc du MNHN de Brunoy (91) env 1388 km de distance. Il s'agit de la donnée la plus orientale de la base à cette latitude pour cette espèce depuis 2000, des données historiques existent cependant jusqu'en Russie européenne (région de Moscou) et dans le nord de l'Ukraine.

11/2014, jardin des plantes/Paris(75) (c)Romain Provost


Troisième données françaises ( précédents contrôles en 2017 et 2018) de Fauvette babillarde Sylvia curruca  portant une bague israélienne : individu découvert le 08/07/2020 sur une route de la commune de Robersart (59), baguée le 18/02/2018 dans le désert du Négev/Israel à env 3358 km de distance. A ces données il faut ajouter un contrôle français en 2012 en Israël ainsi qu'une reprise de 2008 en Palestine et voilà résumé toutes les données françaises de cette fauvette au Moyen-Orient sur cette voie de migration réputée être emprunté chaque année par les babillardes européennes.

Première reprise documentant la région d'hivernage d'une Hypolaïs polyglotte Hippolais polyglotta français ! Individu porteur d'une bague émise par le centre de baguage de Cape Town en Afrique du Sud trouvé mort suite à une collision contre une baie vitrée le 28/06/2020 à la Boissière des Landes (85), bagué le 13/01/2020 à Tanji en Gambie (env 3950 km de distance). Il s'agit de la région d'hivernage attendue pour ce migrateur transsaharien dont la répartition hivernale est restreinte à l'Afrique occidentale. Les rares reprises de cette fauvette ne dépassaient pas l'Afrique du Nord jusqu’à présent dans le base.

Capture d'un Chardonneret élégant Carduelis carduelis porteur d'une bague française en décembre 2019 sur la côte occidentale du Maroc près de Safi, bagué en Janvier 2019 à Bergouey (40) env 1450 km de distance. Il s'agit seulement de la troisième données de reprise de chardonneret français en Afrique du Nord, la dernière en 1976  également pour un individu bagué dans les Landes !

L'oiseau en question vraisemblablement capturé illégalement pour être gardé en captivité...  


Rédacteur: Romain Provost


jeudi 20 août 2020

Du renfort pour la saisie des archives historiques de reprises d'oiseaux bagués: arrivée de Carole Leray

Une part importante des données historiques (1909-1990) d’oiseaux bagués et retrouvés ultérieurement est encore sous format papier. Khaldia Akkari et Marielle Péroz (CRBPO) travaillent depuis 5 ans à l’encodage et l’informatisation de ces données. A ce jour, il reste encore 60000 données non saisies. Grâce à un soutien exceptionnel de la part de la Direction des Ressources Humaines du Muséum, Carole Leray rejoindra le CRBPO pour 6 mois à partir du 1er septembre 2020. Sa mission sera de contribuer à la finalisation de cette saisie des données historiques de reprises d'oiseaux bagués.

Carole a effectué un BTS Gestion et Protection de la Nature puis une licence pro Analyses et Techniques d'Inventaire de la Biodiversité à l'Université de Lyon 1. Elle a effectué son stage de fin d'étude au Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (Montpellier) sur le suivi de la reproduction de la Mésange bleue en Corse. Par la suite elle a rejoint l'équipe "Ecologie de la santé" de la Tour du Valat (Camargue) sur le suivi des tiques et du plastique dans une colonie de Goéland leucophée. Elle a également suivi la reproduction des spatules blanches baguées en Camargue. Elle a été aide-bagueuse dans différents camps de baguage, et elle a suivi la formation théorique du CRBPO.

Bienvenue Carole !

Rédacteurs: Carole Leray et Pierre-Yves Henry

vendredi 14 août 2020

Plumes vagabondes, un témoignage sur l'émotion du suivi des oiseaux migrateurs par le baguage

Pierre Witt a publié récemment un bel article témoignant avec justesse de l'émotion que cela procure de participer à l'étude des oiseaux migrateurs en les capturant, les inspectant et les marquant. Ce reportage, paru dans Terre Sauvage n°374 (Mars 2020), a été réalisé au camp de suivi de la migration par baguage de Marcenay, à la frontière entre la Côte-d'Or et l'Aube, dans la roselière d'un étang perdu au milieu du plateau calcaire du Châtillonnais. Ce suivi est réalisé tous les mois d'août depuis 2009 par la Ligue de la Protection des Oiseaux de Côte-d'Or et Sâone-et-Loire. Il repose sur la mise en œuvre du protocole d'étude de la halte migratoire (dit SEJOUR) des fauvettes paludicoles et des buissons, et des hirondelles et bergeronnettes utilisant la roselière comme dortoir.
Pierre Witt nous a accompagné pendant quelque jours, et en a tiré ce bel article auquel vous pouvez accéder en cliquant sur ce lien, en allant à la page 50 (Texte et photographies © Pierre Witt pour Terre Sauvage).

Rédacteur: Pierre Durlet

Une nouvelle thèse: Démographie multispécifique des passereaux communs en France

Le projet ANR DEMOCOM (Effets de la gestion et du climat sur la dynamique des communautés - Développement d'une démographie multi-espèce, cf. post dédié) a pour objectif d’améliorer la compréhension des processus démographiques responsables des dynamiques d'assemblage d'espèces en réponse aux fluctuations climatiques. C’est dans le cadre de ce projet que la thèse de Maud QUEROUE a démarré en Octobre 2018 sous la direction d’Olivier Gimenez (Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive), de Pierre-Yves Henry (CRBPO-MECADEV/CESCO) et de Christophe Barbraud (Centre d’Etudes Biologiques de Chizé). L’objectif de cette thèse est de développer des modèles de population multi-espèces pour comprendre les rôles respectifs de l’environnement et des interactions interspécifiques sur la dynamique des populations.

Après avoir étudié des systèmes proies-prédateurs d’oiseaux marins, le projet de thèse se concentre maintenant sur la recherche de signes démographiques de la compétition entre espèces chez différents systèmes de passereaux communs. Un premier système composé de la mésange charbonnière (Parus major) et de la mésange bleue (Cyanistes caeruleus) va permettre d'explorer l’effet la compétition pour les sites de reproduction et les ressources selon le type d’habitat et en fonction des fluctuations météorologiques annuelles. Un autre système composé de la fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla, espèce résidente ou migratrice à courte distance) et de la fauvette des jardins (Sylvia borin, espèce migratrice à longue distance) va permettre d’étudier l’effet des fluctuations météorologiques annuelles sur la compétition pour les ressources au travers d'un chevauchement plus moins important des périodes de reproduction de ces deux espèces. Enfin, sur la base de la validation de l’approche employée, les analyses pourront être étendues à l'exploration des effets des forçages climatiques sur la démographie des communautés des passereaux les plus communs de France. 

L'originalité méthodologique est d'analyser simultanément les données de plusieurs espèces, et provenant de différents protocoles. Ainsi, nous combinerons les données du Suivi Temporel des Oiseaux Communs par points d’écoute - qui renseigne sur les fluctuations de taille des populations, et les données du du Suivi Temporel des Oiseaux Communs par Capture - qui renseigne sur les changements des processus démographiques sous-jacents (survie locale, productivité, recrutement). C’est en modélisant conjointement ces deux sources d’informations que les effets de la compétition et de l’environnement sur la dynamique de ces passereaux pourront être estimés.

Rédactrice: Maud Queroue


vendredi 7 août 2020

Les isotopes stables ne révèlent pas de changement d'origine latitudinale des pinsons du Nord hivernant en France

Femelle de premier hiver de Pinson du Nord (A. Audevard)

Chaque année, des milliers voire des millions de pinsons du Nord hivernent en France. En Finlande comme en Suède, l'espèce est en fort déclin, probablement en raison du changement climatique. Nous pourrions donc nous attendre à ce que les populations les plus méridionales se réduisent comme peau de chagrin, et que les plus nordiques se maintiennent mieux. Comme les concentrations en deutérium (isotope stable de l'hydrogène) ont une forte structuration latitudinale en Europe, et se retrouvent dans les plumes des oiseaux, nous nous attendrions à trouver une tendance à la diminution du deutérium dans les plumes de pinson du Nord hivernant chez nous, si leur origine est de plus en plus nordique.

En 1969, une équipe du CRBPO s'était déplacée sur un gigantesque dortoir de pinsons du Nord dans le Sud-Ouest, et y avait capturé quelques centaines de pinsons, prélevant une plume de la queue (rectrice) sur 100 mâles et sur 100 femelles. Ces plumes ont été conservées au CRBPO, et ont permis de fournir un échantillon de départ pour des analyses isotopiques historiques. Les oiseaux des collections du Muséum National d'Histoire Naturelle ont fourni d'autres plumes. Enfin, les bagueurs du CRBPO ont été mis à contribution durant quelques hivers récents, pour échantillonner des oiseaux visitant leur mangeoire, ou rejoignant un immense dortoir de millions d'oiseaux en Alsace. Les résultats de ces analyses viennent d'être publiés récemment (Jiguet et al. 2020).

Il en résulte que les concentrations en deutérium (d2Hf, voir figure ci-dessous) n'ont pas varié durant plus d'un siècle et demi dans les plumes de pinsons du Nord hivernant en France. L'hypothèse la plus vraisemblable est donc que les régions d'origine de ces hivernants sont des bastions qui n'ont pas glissé latitudinalement dans le temps.


Concentration en deutérium des rectrices de pinsons du Nord au cours du temps

Pour en savoir plus, lisez l'article complet:

Jiguet, F., Kardynal, K.J. & Hobson, K.A. (2020). Feather stable isotope (δ2H) measurements suggest no historical variation in latitudinal origin of migrants in two declining songbirds. Journal of Ornithology.

Rédacteur: Frédéric Jiguet (à contacter pour obtenir un exemplaire de l'article)