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| Le Merle noir (Turdus merula), l’une des 68 espèces de passereaux incluses dans les analyses. (Crédits photo: Siyuan Zhao) |
Le consensus scientifique de longue date est que
le succès reproducteur des passereaux sous climat tempéré est principalement
contraint par l’exposition au froid, notamment lors de vagues de froid
tardives. Les températures basses retardent la ponte, peuvent être létales pour
les poussins et réduisent la disponibilité des insectes, à la base du régime
alimentaire des passereaux au cours de leurs premières semaines de vie. Mais,
avec le changement climatique, des épisodes locaux d’échec massif de
reproduction liés à la chaleur excessive sont de plus en plus régulièrement observés,
notamment en milieux urbains et agricoles, ouvrant la question plus globale
d’un renversement progressif de la contrainte par le froid vers une contrainte
par le chaud et le sec.
Loin de contester ces observations, cette étude
montre néanmoins qu’à l’échelle du territoire français, dans les habitats
naturels documentés par le STOC capture (habitats forestiers et arbustifs, zone
humide, etc.), les contraintes par le froid demeurent encore aujourd’hui prédominantes
pour un large panel d’espèces de passereaux : les printemps plus chauds et plus
secs restent globalement favorables au succès reproducteur, avec davantage de
jeunes élevés jusqu’à l’envol par couple (Figure 1).
Figure 1 : Effet prédit des anomalies de températures (°C) sur la période mi-mars – mi-mai des années 1991-2022 sur la productivité des passereaux, sur trois catégories de sites classés selon leur température, depuis les sites les plus froids aux sites les plus chauds.
Jusqu’à quand ?
L’étude identifie néanmoins des premiers signes d’essoufflement
de cette dynamique, suggérant que les effets positifs moyens pourraient
s’atténuer, voire s’inverser, dans un climat toujours plus chaud.
Premièrement, dans les régions les plus chaudes
du pays, les bénéfices d'un printemps plus chaud tendent déjà à disparaître :
aucune augmentation significative de la productivité n'y est observée (Figure
1). Deuxièmement, les effets s’inversent en fin de printemps et en début d’été avec
un léger effet négatif lorsque la période d’élevage des jeunes (mi-mai à mi-juillet)
est particulièrement chaude. À ce titre, l'année 2026 constituera un test
particulièrement intéressant pour suivre cette tendance. Enfin, toutes les
espèces ne réagissent pas de la même manière. Les espèces adaptées aux climats
froids ainsi que les migrateurs transsahariens, deux groupes déjà en fort
déclin démographique en Europe, ne profitent déjà plus des printemps chauds et
secs pour produire plus de jeunes, voire subissent d’ores et déjà des
conséquences négatives (Figure 2).
Cette étude constitue la première pièce d’un puzzle destiné à mieux comprendre les effets du réchauffement climatique printanier et estival en France sur la démographie des passereaux. Après l’étude de la reproduction, l’équipe s’attèle en ce moment à quantifier les effets des conditions météorologiques estivales sur la survie de ces oiseaux, pour comprendre pièce par pièce l’équation démographique des passereaux face au changement climatique.
Figure 2 : Variations prédite de
productivité avec des conditions chaudes par rapport à des conditions froides,
sur la première moitié (mi-mars – mi-mai ; à gauche) et la seconde moitié
(mi-mai - mi-juillet ; à droite) de
la saison de reproduction pour 42 espèces de passereaux, avec une distinction
par couleurs : à gauche, avec les espèces résidentes et migratrices
courte-distance en bleu et les espèces longue-distance en rouge ; à
droite, avec l’affinité thermique des espèces.
Cette étude a été possible grâce à l’implication
de centaines de bagueurs et bagueuses, aidé.e.s de leurs assistant.e.s, ainsi
qu’au soutien continu du Muséum national d’Histoire naturelle, du Centre
National de la Recherche Scientifique et de l’Office Français de la
Biodiversité.
Pour
en savoir plus:
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L’article
scientifique: Thepault, A., T. Adenot, R. Lorrilliere, P.
Cuchot, and P.-Y. Henry. 2025. “Warm or Dry Springs (Still) Boost the
Reproduction of Most Temperate Songbirds.” Global Ecology and
Biogeography 34, no. 10: e70138[PYH1] .
-
Un article publié sur le blog du Muséum National
d’Histoire Naturelle : https://www.mnhn.fr/fr/printemps-chauds-quelles-consequences-pour-les-oiseaux#:~:text=Le%20d%C3%A9clin%20des%20insectes%20impacte%20la%20survie%20des%20oiseaux&text=Bien%20que%20les%20printemps%20chauds,%C2%BB%2C%20pense%20l'%C3%A9cologue.
Rédacteur : Amaury Thepault








