Affichage des articles dont le libellé est démographie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est démographie. Afficher tous les articles

vendredi 14 août 2020

Nouvelle thèse: Démographie multispécifique des passereaux communs en France

Le projet ANR DEMOCOM (Effets de la gestion et du climat sur la dynamique des communautés - Développement d'une démographie multi-espèce, cf. post dédié) a pour objectif d’améliorer la compréhension des processus démographiques responsables des dynamiques d'assemblage d'espèces en réponse aux fluctuations climatiques. C’est dans le cadre de ce projet que la thèse de Maud QUEROUE a démarré en Octobre 2018 sous la direction d’Olivier Gimenez (Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive), de Pierre-Yves Henry (CRBPO-MECADEV/CESCO) et de Christophe Barbraud (Centre d’Etudes Biologiques de Chizé). L’objectif de cette thèse est de développer des modèles de population multi-espèces pour comprendre les rôles respectifs de l’environnement et des interactions interspécifiques sur la dynamique des populations.

Après avoir étudié des systèmes proies-prédateurs d’oiseaux marins, le projet de thèse se concentre maintenant sur la recherche de signes démographiques de la compétition entre espèces chez différents systèmes de passereaux communs. Un premier système composé de la mésange charbonnière (Parus major) et de la mésange bleue (Cyanistes caeruleus) va permettre d'explorer l’effet la compétition pour les sites de reproduction et les ressources selon le type d’habitat et en fonction des fluctuations météorologiques annuelles. Un autre système composé de la fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla, espèce résidente ou migratrice à courte distance) et de la fauvette des jardins (Sylvia borin, espèce migratrice à longue distance) va permettre d’étudier l’effet des fluctuations météorologiques annuelles sur la compétition pour les ressources au travers d'un chevauchement plus moins important des périodes de reproduction de ces deux espèces. Enfin, sur la base de la validation de l’approche employée, les analyses pourront être étendues à l'exploration des effets des forçages climatiques sur la démographie des communautés des passereaux les plus communs de France. 

L'originalité méthodologique est d'analyser simultanément les données de plusieurs espèces, et provenant de différents protocoles. Ainsi, nous combinerons les données du Suivi Temporel des Oiseaux Communs par points d’écoute - qui renseigne sur les fluctuations de taille des populations, et les données du du Suivi Temporel des Oiseaux Communs par Capture - qui renseigne sur les changements des processus démographiques sous-jacents (survie locale, productivité, recrutement). C’est en modélisant conjointement ces deux sources d’informations que les effets de la compétition et de l’environnement sur la dynamique de ces passereaux pourront être estimés.

Rédactrice: Maud Queroue

 ANR-16-CE2-0007

 

 


mercredi 14 septembre 2016

Du STOC Capture à la démographie des communautés: le projet DEMOCOM financé par l'ANR !

Quand on étudie la dynamique de la biodiversité, on en reste souvent à des changements d'assemblages d'espèces dans un réseau de site, éventuellement pondérées par les abondances de chaque espèce. Mais le fait qu'un communauté s'appauvrisse, ou s'enrichisse, ou se généralise, c'est à la base des individus qui meurent ou qui vont ailleurs, et/ou d'autres qui viennent s'installer pour la première fois sur site. Le projet DEMOCOM (Climate and management effects on community dynamics - developing multispecies demography, ANR-16-CE2-0007) relève le défi de comprendre les processus démographiques responsables des dynamiques d'assemblage d'espèces en réponse à l'exploitation par l'Homme des systèmes ou en réponse aux fluctuations climatiques.

Ce projet a été initié et est porté par Olivier Gimenez et son équipe (Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, Montpellier), spécialistes du développement de nouvelles méthodes de modélisation des processus démographiques et écologiques, et rassemble un consortium national de chercheurs et ingénieurs (CESCO, CEBC, ISEM, ONCFS, MECADEV). Il vient d'être retenu pour financement par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) - ce qui est un fait exceptionnel, l'ANR ne finançant que 5 à 10% des projets soumis. Le CRBPO est impliqué dans ce projet au travers des deux programmes de Suivi Temporel des Oiseaux Communs: le STOC Points d'écoute pour documenter les variations d'abondance des espèces, et le STOC Capture pour documenter la démographie sous-jacente (survie et recrutement local). Ces deux sources d'information seront modélisées conjointement pour en inférer les mécanismes démographiques responsables des effets des changements climatiques sur les tendances de communautés. D'autres partenaires contribueront avec des jeux de données documentant la démographie de communautés de thons, d'oiseaux marins sub-antarctiques et d'ongulés. Pierre-Yves Henry (CRBPO - MECADEV/CESCO) sera en charge de la coordination du 2ème volet de ce projet, la phase d'application de la méthode DEMOCOM aux cas d'école.

Une nouvelle ère de valorisation de nos données du STOC Capture s'ouvre donc pour les 4 ans à venir (à démarrer en janvier 2017) ! Pour suivre les évolutions du projet DEMOCOM, consultez la page internet dédiée.

Rédaction: Pierre-Yves Henry

Du SPOL Moineau au stress de la vie urbaine: le projet URBASTRESS financé par l'ANR !

Maintenant, plus d'humains vivent en ville qu'à la campagne. L'environnement urbain, créé par l'Homme, n'est pas toujours propice à une vie saine et sereine. Le moineau domestique coévolue avec nous, et l'environnement que nous façonnons, depuis des milliers d'années. Au moins en Europe, c'est une des espèces animales qui nous est le plus étroitement associée. Mais signal alarmant: dans plusieurs mégalopoles du nord de l'Europe, le moineau domestique décline, au point d'être classé dans la liste rouge des espèces en danger d'extinction en Angleterre. Si cette espèce qui a passé des milliers d'années à nos côtés ne parvient plus à vivre dans notre environnement urbain, c'est que nous avons dû générer des villes où la vie est plus stressante qu'à la campagne.
Le projet URBASTRESS (Influence of urbanization on vertebrate populations: an ecophysiological approach), financé par l'Agence Nationale de la Recherche, va explorer trois sources stress environnementaux qui pourraient être la cause de ces moindres performances physiologiques et démographiques des moineaux urbains: le déficit alimentaire (en particulier protéique pendant la croissance des jeunes), l'exposition aux parasites et l'exposition au bruit.
Ce projet a été initié et est porté par Frédéric Angelier (Centre d'Etudes Biologiques de Chizé - CEBC, Deux-Sèvres), spécialiste de la physiologie du stress et de ses conséquences sur les performances des oiseaux, depuis leur métabolisme jusqu'à leur reproduction. Ce projet bénéficiera des compétences de François Brischoux (CEBC, physiologie du stress), Bruno Michaud (CEBC, suivi de populations expérimentales), Charline Parenteau et Colette Trouvé (CEBC, analyses biologiques), Clotilde Biard (IEES, parasitologie évolutive), Frédéric Jiguet (Vigie-Nature/CESCO, tendances des populations en France, au travers du STOC Points d'écoute), de Pierre-Yves Henry (CRBPO/MECADEV-CESCO, démographie des populations et stress trophique) et du réseau des bagueurs CRBPO réalisant la veille sur le fonctionnement démographique (productivité, survie) des populations de moineau domestique en France depuis plus de 10 ans (au travers du Suivi de Populations d'Oiseaux Locaux ciblé sur le moineau domestique).

Après la glorieuse ère du SPOL Moineau des années 2000, portant sur la parasitologie évolutive de la malaria aviaire, le SPOL Moineau va maintenant contribuer à un grand défi scientifique et sociétal: comprendre ce qui limite la vie des animaux en ville (à démarrer en janvier 2017) !

mardi 10 mai 2016

Suivi à long terme et actions de conservation de l’Aigle de Bonelli en France.


La conservation des espèces menacées par les activités humaines consiste à favoriser la reprise de la croissance des populations en limitant l’impact des différentes menaces sur la survie ou la reproduction des individus. Face à la complexité des processus écologiques et l’urgence d’agir dans un contexte de ressources financières limitées, une évaluation des bénéfices des actions mises en œuvre est nécessaire pour permettre une gestion efficace des populations menacées. L’aigle de Bonelli est un bon exemple d’espèce menacée bénéficiant depuis plusieurs décennies de mesures de gestion conservatoire. Elle fait aussi l’objet d’un programme de baguage ininterrompu depuis  1990 qui a permis de baguer environ 95% des poussins nés en France depuis cette date (Ponchon & Ravayrol 2015). Enfin, un effort très important de relecture des bagues est assuré plus particulièrement depuis 1995. L’électrocution des aigles sur les pylônes électriques a rapidement été identifiée comme une cause de déclin majeure pour l’espèce. Ceci a conduit à partir de 1997 à la mise en œuvre d’actions visant à la neutralisation des pylônes dangereux à la fois sur les territoires de reproduction connus mais aussi dans les zones d’erratisme de l’espèce. Si l’impact positif de telles mesures de neutralisation sur la dynamique des populations d’oiseaux n’avait jusqu’alors jamais été montré au niveau international, des travaux se basant sur les données du programme de CMR sur l’Aigle de Bonelli en France ont pu évaluer les bénéfices obtenus par ces actions. Un premier travail a permis de vérifier la forte diminution des taux de mortalité par électrocution et l’augmentation globale de la survie des aigles à partir de 1997 (Chevallier et al. 2015), un second travail a permis de montrer  que l’augmentation observée du nombre de couples reproducteurs en France depuis les années 2000 était effectivement expliquée par cette action de conservation bien que la population d’aigles du Sud de la France soit encore soutenue par un renfort d’immigrants venus d’Espagne (Lieury et al. 2016). Ces travaux montrent l’importance des efforts de suivis individuels menés sur le long terme pour montrer les bénéfices réels des actions menées sur le terrain et tenter de les améliorer encore.

Par Nicolas Lieury, Alexandre Million, Aurélien Besnard, Alain Ravayrol et Cécile Ponchon.


Pour plus de détails (les articles sont disponibles dans la section Bibliographique / Programmes personnels du site du CRBPO):

Chevallier, C., A. Hernández-Matías, J. Real, N. Vincent-Martin, A. Ravayrol, & A. Besnard. 2015. Retrofitting of power lines effectively reduces mortality byelectrocution in large birds: An example with the endangered Bonelli’s eagle. Journal of Applied Ecology 52:1465–1473. 

Lieury, N., A. Besnard, C. Ponchon, A. Ravayrol, & A. Millon. 2016. Geographically isolated but demographically connected: immigration supports efficient conservation actions in the recovery of a range-margin population of the Bonelli’s eagle in France. Biological Conservation 195:272–278.

Ponchon, C. & Ravayrol, A. (2015). Rapaces diurnes - Aigle de Bonelli. 25 ans du programme de baguage: bilan et perspectives. Rapaces de France - L’Oiseau Magazine, Hors série n°17, 44–47.
Nombre de couples territoriaux comptés (points noirs) et nombre de couples territoriaux attendus en absence d'immigration. Ce graphique révèle l'importance majeure de l'immigration d'individus (très probablement espagnols) dans le maintien de la population française. Copie de la Figure 4 de Lieury et al. (2016) Biological Conservation.

mercredi 10 février 2016

Isolement géographique et démographique dans une population côtière de Traquet motteux

Dans les années 90, Philippe Ollivier a eu l'initiative de réaliser un suivi démographique très détaillé (SPOL) d'une population côtière de Traquet motteux Oenanthe oenanthe, au Havre de la Vanlée (Normandie). Alors qu'il avait déjà divulgué ses résultats sur la reproduction, le stage d'analyse de données de baguage d'oiseaux délivré par le CRBPO en Normandie (2012) a été l'occasion pour lui de démarrer l'analyse des données de capture-recapture collectées, et d'en extraire les estimations de taux de survie annuelle locale (par sexe et âge), le taux de croissance de la population (à partir des comptages) et d'en inférer le taux de recrutement annuel d'individus locaux et d'immigrants.
A l'époque, le Traquet motteux était en déjà déclin. La population d'étude se maintenait malgré la disparition progressive des populations avoisinantes (en 1980, la plus proche population connue était à 12 km, passant à 30 km en 2000). L'étude démographique a révélé que cette population se maintenait en fait en quasi-absence d'immigration (2 immigrants par an), presque uniquement maintenue par les adultes survivant d'une année sur l'autre, fidèles à leur site de reproduction, et les jeunes nés sur le site et revenant s'y reproduire (malgré la migration trans-continentale qui aurait pu les conduire à s'établir ailleurs). En 2004, la population a commencé à décliner, puis elle s'est éteinte en 2008 (cf. figure ci-dessous; données de comptage de Bruno Chevalier, Groupe Ornithologique Normand). La cause du déclin final n'est pas connue, mais le déclin des populations avoisinantes et la faible immigration ont probablement empêché le renforcement de la population pendant le déficit démographique, et la recolonisation après l'extinction.

Plus de détails dans l'article qui vient de paraître:


Stabilité, déclin et extinction de la population de Traquet motteux étudiée (points noirs: pendant le suivi démographique, points blancs: suivi par comptage uniquement). La ligne pointillée indique l'évolution du nombre de reproducteurs théorique en cas d'absence totale d'immigation.