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mardi 10 mai 2016

Suivi à long terme et actions de conservation de l’Aigle de Bonelli en France.


La conservation des espèces menacées par les activités humaines consiste à favoriser la reprise de la croissance des populations en limitant l’impact des différentes menaces sur la survie ou la reproduction des individus. Face à la complexité des processus écologiques et l’urgence d’agir dans un contexte de ressources financières limitées, une évaluation des bénéfices des actions mises en œuvre est nécessaire pour permettre une gestion efficace des populations menacées. L’aigle de Bonelli est un bon exemple d’espèce menacée bénéficiant depuis plusieurs décennies de mesures de gestion conservatoire. Elle fait aussi l’objet d’un programme de baguage ininterrompu depuis  1990 qui a permis de baguer environ 95% des poussins nés en France depuis cette date (Ponchon & Ravayrol 2015). Enfin, un effort très important de relecture des bagues est assuré plus particulièrement depuis 1995. L’électrocution des aigles sur les pylônes électriques a rapidement été identifiée comme une cause de déclin majeure pour l’espèce. Ceci a conduit à partir de 1997 à la mise en œuvre d’actions visant à la neutralisation des pylônes dangereux à la fois sur les territoires de reproduction connus mais aussi dans les zones d’erratisme de l’espèce. Si l’impact positif de telles mesures de neutralisation sur la dynamique des populations d’oiseaux n’avait jusqu’alors jamais été montré au niveau international, des travaux se basant sur les données du programme de CMR sur l’Aigle de Bonelli en France ont pu évaluer les bénéfices obtenus par ces actions. Un premier travail a permis de vérifier la forte diminution des taux de mortalité par électrocution et l’augmentation globale de la survie des aigles à partir de 1997 (Chevallier et al. 2015), un second travail a permis de montrer  que l’augmentation observée du nombre de couples reproducteurs en France depuis les années 2000 était effectivement expliquée par cette action de conservation bien que la population d’aigles du Sud de la France soit encore soutenue par un renfort d’immigrants venus d’Espagne (Lieury et al. 2016). Ces travaux montrent l’importance des efforts de suivis individuels menés sur le long terme pour montrer les bénéfices réels des actions menées sur le terrain et tenter de les améliorer encore.

Par Nicolas Lieury, Alexandre Million, Aurélien Besnard, Alain Ravayrol et Cécile Ponchon.


Pour plus de détails (les articles sont disponibles dans la section Bibliographique / Programmes personnels du site du CRBPO):

Chevallier, C., A. Hernández-Matías, J. Real, N. Vincent-Martin, A. Ravayrol, & A. Besnard. 2015. Retrofitting of power lines effectively reduces mortality byelectrocution in large birds: An example with the endangered Bonelli’s eagle. Journal of Applied Ecology 52:1465–1473. 

Lieury, N., A. Besnard, C. Ponchon, A. Ravayrol, & A. Millon. 2016. Geographically isolated but demographically connected: immigration supports efficient conservation actions in the recovery of a range-margin population of the Bonelli’s eagle in France. Biological Conservation 195:272–278.

Ponchon, C. & Ravayrol, A. (2015). Rapaces diurnes - Aigle de Bonelli. 25 ans du programme de baguage: bilan et perspectives. Rapaces de France - L’Oiseau Magazine, Hors série n°17, 44–47.
Nombre de couples territoriaux comptés (points noirs) et nombre de couples territoriaux attendus en absence d'immigration. Ce graphique révèle l'importance majeure de l'immigration d'individus (très probablement espagnols) dans le maintien de la population française. Copie de la Figure 4 de Lieury et al. (2016) Biological Conservation.

mercredi 10 février 2016

Isolement géographique et démographique dans une population côtière de Traquet motteux

Dans les années 90, Philippe Ollivier a eu l'initiative de réaliser un suivi démographique très détaillé (SPOL) d'une population côtière de Traquet motteux Oenanthe oenanthe, au Havre de la Vanlée (Normandie). Alors qu'il avait déjà divulgué ses résultats sur la reproduction, le stage d'analyse de données de baguage d'oiseaux délivré par le CRBPO en Normandie (2012) a été l'occasion pour lui de démarrer l'analyse des données de capture-recapture collectées, et d'en extraire les estimations de taux de survie annuelle locale (par sexe et âge), le taux de croissance de la population (à partir des comptages) et d'en inférer le taux de recrutement annuel d'individus locaux et d'immigrants.
A l'époque, le Traquet motteux était en déjà déclin. La population d'étude se maintenait malgré la disparition progressive des populations avoisinantes (en 1980, la plus proche population connue était à 12 km, passant à 30 km en 2000). L'étude démographique a révélé que cette population se maintenait en fait en quasi-absence d'immigration (2 immigrants par an), presque uniquement maintenue par les adultes survivant d'une année sur l'autre, fidèles à leur site de reproduction, et les jeunes nés sur le site et revenant s'y reproduire (malgré la migration trans-continentale qui aurait pu les conduire à s'établir ailleurs). En 2004, la population a commencé à décliner, puis elle s'est éteinte en 2008 (cf. figure ci-dessous; données de comptage de Bruno Chevalier, Groupe Ornithologique Normand). La cause du déclin final n'est pas connue, mais le déclin des populations avoisinantes et la faible immigration ont probablement empêché le renforcement de la population pendant le déficit démographique, et la recolonisation après l'extinction.

Plus de détails dans l'article qui vient de paraître:


Stabilité, déclin et extinction de la population de Traquet motteux étudiée (points noirs: pendant le suivi démographique, points blancs: suivi par comptage uniquement). La ligne pointillée indique l'évolution du nombre de reproducteurs théorique en cas d'absence totale d'immigation.