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vendredi 7 août 2020

Les isotopes stables ne révèlent pas de changement d'origine latitudinale des pinsons du Nord hivernant en France

Femelle de premier hiver de Pinson du Nord (A. Audevard)

Chaque année, des milliers voire des millions de pinsons du Nord hivernent en France. En Finlande comme en Suède, l'espèce est en fort déclin, probablement en raison du changement climatique. Nous pourrions donc nous attendre à ce que les populations les plus méridionales se réduisent comme peau de chagrin, et que les plus nordiques se maintiennent mieux. Comme les concentrations en deutérium (isotope stable de l'hydrogène) ont une forte structuration latitudinale en Europe, et se retrouvent dans les plumes des oiseaux, nous nous attendrions à trouver une tendance à la diminution du deutérium dans les plumes de pinson du Nord hivernant chez nous, si leur origine est de plus en plus nordique.

En 1969, une équipe du CRBPO s'était déplacée sur un gigantesque dortoir de pinsons du Nord dans le Sud-Ouest, et y avait capturé quelques centaines de pinsons, prélevant une plume de la queue (rectrice) sur 100 mâles et sur 100 femelles. Ces plumes ont été conservées au CRBPO, et ont permis de fournir un échantillon de départ pour des analyses isotopiques historiques. Les oiseaux des collections du Muséum National d'Histoire Naturelle ont fourni d'autres plumes. Enfin, les bagueurs du CRBPO ont été mis à contribution durant quelques hivers récents, pour échantillonner des oiseaux visitant leur mangeoire, ou rejoignant un immense dortoir de millions d'oiseaux en Alsace. Les résultats de ces analyses viennent d'être publiés récemment (Jiguet et al. 2020).

Il en résulte que les concentrations en deutérium (d2Hf, voir figure ci-dessous) n'ont pas varié durant plus d'un siècle et demi dans les plumes de pinsons du Nord hivernant en France. L'hypothèse la plus vraisemblable est donc que les régions d'origine de ces hivernants sont des bastions qui n'ont pas glissé latitudinalement dans le temps.


Concentration en deutérium des rectrices de pinsons du Nord au cours du temps

Pour en savoir plus, lisez l'article complet:

Jiguet, F., Kardynal, K.J. & Hobson, K.A. (2020). Feather stable isotope (δ2H) measurements suggest no historical variation in latitudinal origin of migrants in two declining songbirds. Journal of Ornithology.

Rédacteur: Frédéric Jiguet (à contacter pour obtenir un exemplaire de l'article)

mardi 16 juin 2015

Zones de mue et d'hivernage de la Rousserolle verderolle Acrocephalus palustris


Un article paru récemment dans la revue Acta Ornithologica fait le point sur les zones de mue et d'hivernage de la Rousserolle verderolle Acrocaphalus palustris, à partir de données de contrôles d'oiseaux bagués et de dosage d'isotopes stables dans les plumes. Certains bagueurs français se souviennent avoir été sollicités pour prélever une plume sur quelques rousserolles nichant sur leur station STOC, et bien ces plumes font partie de ces analyses. Un grand merci à eux !

Les auteurs ont analysé les isotopes stables de carbone et d'azote sur des plumes prélevées en Europe et en Afrique afin de déterminer quelles sont les habitats sélectionnés en dehors de la période de reproduction, pour tenter de localiser les aires d'hivernages des différentes populations nicheuses.
Ils ont notamment démontré l'existence d'une zone de halte automnale assez restreinte
autour des hauts plateaux éthiopiens.

Vous pouvez cliquez sur le lien ci dessous pour accéder à l'article complet sous format pdf :



mercredi 29 avril 2015

Mission Ortolans printanière au Koweït

Au petit matin, un groupe d'ortolans arrive de migration et se pose dans les acacias près des sites de capture

Du 17 au 25 avril, une équipe du CRBPO s'est rendue au Koweït pour y capturer des Bruants ortolans lors de leur remontée vers l'Asie centrale. Ces populations orientales hivernent normalement sur les hauts plateaux éthiopiens, où les oiseaux muent les plumes du corps. Les scapulaires prélevées sur les migrateurs printaniers au Koweït permettront donc d'obtenir la signature isotopique de ces zones d'hivernage. Dans un deuxième temps, la capture d'ortolans nicheurs en Europe de l'Est et l'analyse isotopique de leurs scapulaires permettra de savoir si certains ont hiverné et mué en Ethiopie.
En quelques jours, ce ne sont pas moins de 45 ortolans qui ont pu être capturés, et qui sont repartis en migration avec quelques plumes en moins, données à la science ! Mais les ortolans n'étaient pas les seuls migrateurs à fréquenter les fermes isolées dans le désert, et les captures incidentes étaient souvent des nouveautés pour les bagueurs : Agrobates roux, Fauvettes des Ménétries, Gobemouche nain, pies-grièches de tous genres, mais aussi Pouillots fitis, Fauvettes babillardes et grisettes, Rougequeues à front blanc...
L'automne dernier, la masse moyenne des ortolans capturés au Koweït était de 25 grammes. Ce printemps, elle n'était que de 19 grammes : les oiseaux viennent de traverser le désert saoudien et n'ont à leur arrivée plus aucune réserve de graisse.


Un jeune mâle de Gobemouche nain

 
Une femelle d'Iranie à gorge blanche

dimanche 7 septembre 2014

Ortolans : avancées du programme de recherche

La collecte de plumes par les bagueurs du CRBPO avance, alors que le pic du passage de l'espèce a normalement lieu en ce moment. Plus d'une dizaine d'individus ont été capturés, bagués, notamment sur des sites équipés de matoles complétées de filets. Merci à tous de votre aide pour comprendre d'où viennent les ortolans qui migrent par la France en automne- et notamment quelle est la part qui vient de Russie. Continuons, il nous faut un maximum d'individus échantillonnés...
Une équipe de trois bagueurs vient d'arriver au Koweït, où ils vont tenter de capturer des ortolans utilisant la voie orientale pour migrer. Les plumes collectées là-bas permettront d'aider à savoir si les ortolans russes y passent. Première info reçue hier : pas mal d'ortolans observés, et une température de 47°C... A suivre...

Les analyses isotopiques sont en cours. Les analyses génétiques démarreront cet automne, avec l'arrivée de Caroline Moussy qui rejoint l'équipe du CRBPO/CESCO la semaine prochaine pour 18 mois, pour un post-doc sur la phylogéographie de la migration de l'ortolan.

Un des premiers ortolans capturés au Koweït - photo A. Audevard