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Choucas marqué pour l'étude
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L'agriculture moderne a exacerbé
les conflits entre la faune et les humains, notamment en raison des dégâts
causés par les oiseaux sur les cultures. Le Choucas des tours, un corvidé
protégé dont les populations ont augmenté ces 20 dernières années dans l’Ouest
de la France, est particulièrement concerné. Cette augmentation s'est accompagnée
de plaintes d'agriculteurs concernant principalement les dégâts sur les semis
de maïs. Pour réduire ces conflits, il est essentiel de comprendre la relation
entre l'activité de recherche de nourriture des oiseaux et les caractéristiques
des zones agricoles.
Chambon et al. (2024) ont exploré
comment les choucas des tours (mâles adultes) utilisent les zones agricoles
tout au long de leur cycle annuel. L'analyse de leurs mouvements, documentés
par télémétrie (GPS), a été effectuée au cours de six phases biologiques distinctes
: construction du nid, incubation des œufs, élevage des jeunes, post-envol des
jeunes, post-reproduction, et hivernage.
L'activité journalière se déroule
dans un domaine vital restreint (moyenne < 2.2km² ; Fig. 1), centré sur
le nid. La distance entre le nid et la bordure la plus éloignée est de 2 km, et
reste stable au cours de l’année (stabilité de 75% des domaines vitaux
journaliers individuels). Les choucas adultes reproducteurs sont donc particulièrement
sédentaires. Toutefois, des variations existent entre les phases biologiques,
cohérentes avec les comportements de reproduction et de défense du nid, et
suggèrent que des ressources alimentaires suffisantes se trouvent à proximité
des villes, où se situent les nids.

Figure 1 : Variation de la
distribution de la présence journalière en fonction des périodes biologiques
des choucas avec (A) surface de la présence journalière (km²), (B) étendue du
chevauchement spatial intra-période des distributions de présence journalière
(%), (C) distance entre le centroïde de la présence journalière et
l'emplacement du nid (km), et (D) distance entre la limite la plus éloignée de
la distribution de présence journalière et l'emplacement du nid (km).En se concentrant sur les points
GPS correspondant à la recherche alimentaire, les analyses ont révélé une
utilisation marquée des prairies tout au long du cycle annuel. Les cultures de
céréales et de maïs étant utilisées ponctuellement (Figure 2).
Figure 2 : Variation de la durée
quotidienne de recherche alimentaire des Choucas des tours dans différents
habitats en fonction de leurs périodes biologiques. (A) prairies, (B) céréales
(C) maïs.
Les prairies sont utilisées
presque quotidiennement par chaque oiseau, avec une durée d'alimentation plus
longue pendant l'élevage des jeunes (environ 5h) par rapport aux autres phases
(1 à 2h). De fait, les jeunes choucas sont nourris principalement d'insectes au
printemps. Les champs de céréales sont utilisés le plus intensément (durée
journalière de recherche alimentaire) pendant la phase post-envol (environ 3h),
coïncidant avec la moisson du blé. Contrairement à ce que laissait augurer les
échos issus du monde agricole, la durée moyenne dans les parcelles de maïs est
faible (< 1h) tout au long de l'année, avec une utilisation légèrement plus
marquée pendant les phases de travail du sol et de semis. En hivernage, cette
durée est intermédiaire, probablement liée à la recherche de grains restés au
sol.
Les résultats témoignent d’un
comportement sédentaire des mâles reproducteurs, avec une recherche alimentaire
basée principalement sur les prairies tout au long de l'année. Les cultures de
céréales et de maïs sont utilisées ponctuellement en lien avec le stade
phénologique de la culture.
Les suivis GPS ont fourni une
estimation précise des déplacements et de l'utilisation des habitats agricoles
situés à proximité directe des zones de nidification. Toutefois, ces analyses ne
permettent pas de déterminer la prise alimentaire réelle. Des observations complémentaires
sont ainsi nécessaires pour estimer cette prise alimentaire et la pression
réellement exercée par ces oiseaux sur les cultures.
Cette étude a été menée par Rémi
Chambon (UMR BOREA - Biologie des Organismes et des Ecosystèmes Aquatiques), Jérôme Fournier-Sowinski (UMR CESCO - Centre d'Ecologie et des Sciences de la Conservation), Jean-Marc Paillisson et Sébastien Dugravot (UMR ECOBIO - Ecosystèmes, Biodiversité, Evolution), et financée par la DREAL Bretagne et la
Fondation François Sommer.
Pour en savoir plus:
Chambon, R., Paillisson, J.-M.,
Fournier-Sowinski, J., & Dugravot, S. (2024). Agricultural habitat use and selection by a
sedentary bird over its annual life cycle in a crop-depredation context. Movement
Ecology, 12:26. https://doi.org/10.1186/s40462-024-00462-0
Rédaction :
Sébastien Dugravot