jeudi 6 février 2020

Où les bagueurs préfèrent-ils suivre les oiseaux communs en période de reproduction ?


Filets de baguage dans un marais (P.-Y. Henry)

Le Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC) par Capture a pour objectif de suivre sur le long-terme les fluctuations démographiques des populations d’oiseaux communs en France. Ce protocole impose un investissement personnel élevé de la part des bagueurs qui le mettent en œuvre (équipement, sécurisation du site, constitution d’une équipe, respect du protocole, au moins 4 jours de terrain par an, etc…). Et cet investissement doit être maintenu sur la durée (minimum 2 ans ; en moyenne, 5 ans). Le ‘plaisir’ et la facilité de mise en oeuvre sont alors très importants pour assurer la motivation et l’assiduité sur la durée. Ainsi, depuis le début du STOC Capture (en France, et ailleurs l’Europe), nous conseillons aux bagueurs de choisir des sites suffisamment attrayants pour que la mise en œuvre du STOC reste un plaisir même après 10 ans (extrait du protocole).

Les bagueurs favorisent donc le suivi de sites 'hors normes', plus préservés, ou plus diversifiés que la moyenne des habitats disponibles aux alentours de leur domicile. Mais quelles sont leurs préférences ? A quel point, (dé)favorisent-ils certains habitats relativement à leur représentation nationale ? Ces questions ont fait l’objet du stage de master 1 de Léa Schlemmer en 2019 (Muséum National d’Histoire Naturelle), encadré par Pierre-Yves Henry et Pierre Fiquet (CRBPO) et Julien Laignel (UMS PatriNat). Pour chacune des 281 stations géolocalisées précisément (1989-2018), nous avons caractérisé l’habitat (à partir du niveau 2 de CORINE LandCover 2012) et le statut de protection/patrimonialité (à partir des données cartographiques issues de l'Inventaire National du Patrimoine Naturel) dans un rayon de 113 m autour du centre de chaque station (4 ha). Le biais de représentation a été calculé en rapportant cette proportion de stations par habitat ou statut, à la surface de chaque catégorie à l’échelle de la France métropolitaine.

L’habitat préféré par les bagueurs est de loin les zones humides intérieures : 63 fois plus de stations dans cet habitat qu’attendu par hasard (c’est-à-dire relativement à la surface de ces habitats à l’échelle métropolitaine; Fig. 1). Suivent les zones humides maritimes (27x plus), et les espaces verts artificialisés non-agricoles (15x plus).
Les habitats agricoles intensifs sont les moins suivis: 7x moins qu’attendu par hasard pour les cultures permanentes, 4x moins pour les terres arables.
La répartition des stations entre les autres catégories d’habitats est relativement bien représentative.
Notons que la méthode de suivi utilisée (filets de 3 mètres de haut) est peu propice pour les habitats avec une strate végétale haute (p. ex. forêt haute, où une partie des oiseaux passe au-dessus des filets) et pour les habitats très ouverts (p. ex. champs, où les filets sont trop visibles, et les oiseaux les évitent). Ainsi, l'évitement de ces habitats est explicable par l'inadéquation de la méthode à mettre en oeuvre, plutôt que par une préférence des bagueurs.

Figure 1: Biais de représentation dans le réseau des STOC Capture par catégorie d’habitat, relativement aux surfaces du territoire national.


Les bagueurs préfèrent-ils suivre les oiseaux par capture dans des espaces protégés ? Oui : il y a 30x plus de stations dans les aires protégées avec plan de gestion qu’attendu par hasard (Fig. 2). Les zones humides étant attractives pour les bagueurs (Fig. 1), mais aussi fortement menacées, et donc protégées, une part de cette surreprésentation est probablement une conséquence de l’attrait des bagueurs pour l’avifaune paludicole. De plus, les gestionnaires d'espaces naturels sont demandeurs de suivi des populations d'oiseaux qu'ils préservent. Ils sont donc enclins à encourager la mise en oeuvre de suivi sur leurs espaces. Une part des bagueurs sont d'ailleurs employés par des organismes ayant en charge la gestion des sites suivis.
Les autres types de territoires sont relativement bien représentés. Notons qu’il y a autant de stations en ‘nature ordinaire’ (territoires sans statut) qu’attendu par hasard.

Figure 2: Biais de représentation dans le réseau des STOC Capture par catégories de protection/patrimonialité, relativement aux surfaces du territoire national: 1) Aires protégées avec plan de gestion (réserves, arrêtés de protection, sites de conservatoires ; N=80 stations) ; 2) Autres aires protégées (Réserve Biologique Intégrale, zone cœur de Par National, Réserve de biosphère ; N=22) ; 3) territoires sans statut de protection/patrimonial (N=61) ; 4) Parc naturel, aide d’adhésion de parc national, zone de protection spéciale, site Natura 2000, Géoparc UNESCO ; N=66) ; et 5) sites d’intérêt patrimonial sans protection (RAMSAR, ZICO, ZNIEFF, Site UNESCO ; N=52).


Ainsi, le réseau des stations de STOC Capture assure une représentation particulièrement élevée de  la dynamiques des oiseaux communs dans les aires protégées et les habitats humides, ainsi que dans les habitats arbustifs/buissonnants. A l’inverse, le réseau est très mal adapté pour documenter la dynamique des oiseaux communs de milieux agricoles intensifs, habitats qui nécessiteraient un effort spécifique afin d’y documenter les mécanismes démographique responsables du déclin des oiseaux dans ces écosystèmes.

Pour en savoir plus:
Rédacteur : Pierre-Yves Henry

vendredi 31 janvier 2020

Guide d'identification des oiseaux en mains - 2ème édition

Réédition très attendu (première édition épuisée) du fameux Guide d'identification des oiseaux en mains de Laurent DEMONGIN en français


Les 305 espèces (155 non-passereaux et 150 passereaux), les plus capturées en France par les bagueurs généralistes sont présentées en détail. Afin d'éviter les confusions, leur identification est directement comparée avec celles des espèces d'aspect similaire, soit plus de 550.



Les 4 espèces différentes entre la version anglaise et française sont : des sous-espèces élevées au rang d’espèces : Picus sharpei, Sylvia subalpina ; et 2 espèces mentionnées dans l’identification de la version française et aujourd’hui traitées plus complètement : Anthus richardi, Carduelis corsicana.

Principales modifications par rapport à la première édition d'après Laurent   :

- la version 2020 est augmentée et enrichie par rapport à la première. En gros, il s’agit de la version française de la version anglaise, avec les corrections de quelques erreurs trouvées, l’ajout du bleu pour souligner les paramètres importants (au lieu de l’italique). On passe donc de 250 à 305 espèces. 

- Le papier est plus épais et c’est écrit plus gros ; du coup, le livre est nettement plus gros. On double presque le poids.
-  La manipulation du livre devrait être meilleure : imprimeur, couverture, papier, taille du texte sont différents.

En français, publié pour la première fois en 2013, deuxième édition en 2020.

Format 17 x 24 cm, 544 pages, noir et blanc, mise en évidence des critères les plus importants en bleu, dos carré collé plus couture fil textile, papier brillant 115 g très résistant, couverture souple demi-mat 300 g avec pelliculage brillant, poids environ 1350 g.

Imprimé en France par SEPEC à Peronnas (France). imprimerie référencée Imprim'vert, certifiée chaîne de contrôle FSC et PEFC.

ISBN 978-2-9555-0191-7

Prix éditeur : 30 € + frais de port.


mardi 21 janvier 2020

Comment les passereaux migrateurs traversent-ils les déserts ?

Gobemouche gris équipé d'un géolocalisateur (F. Jiguet)

Depuis quelques années, l'utilisation de photomètres géolocalisateurs permet de connaître les voies de migration et les destinations hivernales d'oiseaux de petite taille, jusqu'aux fauvettes et pouillots. Mais l'étude des données d'intensité lumineuse et de température permet aussi de déterminer quand, et de déduire comment, ces petits oiseaux ont traversé des barrières géographiques comme le Sahara. Toutes les études basées sur des détections radar concluaient que les passereaux se posent dans le Sahara durant la journée, et traversent donc les déserts par succession de vols nocturnes et de repos diurnes. Une première étude, sur deux fauvettes paludicoles et deux gobemouches (Adamik et al. 2016), précisait que la majorité de ces oiseaux prolongeait le vol nocturne en matinée, avant de se poser - sans doute pour raccourcir la durée de la traversée, ou pour trouver un habitat favorable à une halte diurne. Une second étude, publiée également en 2016 et concernant le gobemouche noir, proposait que la stratégie dominante des passereaux pourrait être un vol non-stop, de jour comme de nuit, pour traverser la Sahara (Ouwehand & Both 2016).
En analysant les données de 130 individus de 10 espèces différentes, un collectif de 43 chercheurs européens, animé par Frédéric Jiguet, illustrent que les stratégies de traversée du désert sont en fait variées, parfois même au sein d'une même espèce. Ces résultats ont été publié en décembre 2019 dans la revue Scientific Reports, et sont en accès libre sur le lien suivant:

Ainsi, les rossignols philomèles volent de nuit et se posent avant le lever du jour, quand les bruants ortolans continuent de voler le matin avant de se poser. Les pouillots siffleurs ne s'arrêteront, eux, que lorsque le désert sera derrière eux, alors que les pouillots fitis adoptent l'ensemble des stratégies citées précédemment. Les pipits des arbres, en Europe comme au dessus du désert, migrent activement de nuit et se posent dans la journée.

Les altitudes de vol des différentes espèces sont aussi très variables. Elles sont déduites des variations de températures entre les nuits avec vol de migration et les nuits précédentes ou suivantes sans vol. Les bruants ortolans restent en général près du sol, même au milieu du Sahara, alors que les gobemouches gris et les rossignols montent sans doute à plus de 2000 mètres !

Si les oiseaux qui traversent le Sahara à basse altitude devraient plus souffrir du réchauffement en cours, la grande variabilité des stratégies, et leur faible conservatisme chez des espèces évolutivement proches, laissent penser qu'une adaptation des passereaux est possible pour continuer à réussir à traverser les déserts lors de leurs migrations annuelles.

Références:
Adamík, P., T. Emmenegger, M. Briedis, L. Gustafsson, I. Henshaw, M. Krist, T. Laaksonen, F. Liechti, P. Procházka, V. Salewski, and S. Hahn. 2016. Barrier crossing in small avian migrants: individual tracking reveals prolonged nocturnal flights into the day as a common migratory strategy. Scientific Reports 6:21560.

Jiguet, F., M. Burgess, K. Thorup, G. Conway, J. L. Arroyo Matos, L. Barber, J. Black, N. Burton, J. Castelló, G. Clewley, J. L. Copete, M. A. Czajkowski, S. Dale, T. Davis, V. Dombrovski, M. Drew, J. Elts, V. Gilson, E. Grzegorczyk, I. Henderson, M. Holdsworth, R. Husbands, R. Lorrilliere, R. Marja, S. Minkevicius, C. Moussy, P. Olsson, A. Onrubia, M. Pérez, J. Piacentini, M. Piha, J. M. Pons, P. Procházka, M. Raković, H. Robins, T. Seimola, G. Selstam, M. Skierczyński, J. Sondell, J. C. Thibault, A. P. Tøttrup, J. Walker, and C. Hewson. 2019. Desert crossing strategies of migrant songbirds vary between and within species. Scientific Reports 9:20248.


Rédacteur: Frédéric Jiguet

Bienvenue aux nouveaux bagueurs généralistes de 2020

Suite aux épreuves de qualification de l'année 2019, nous sommes ravis d'intégrer 12 nouveaux bagueurs titulaires d'un permis de baguage 'toutes espèces' (dit généralistes) au réseau du CRBPO.

Il s'agit de:

Romain BATARD
Yannig COULOMB
Thomas DAGONET
Olivier DELZONS
Paul DONIOL-VALCROZE
Pierre FICHAUX
Matthias GRANDPIERRE
Frédéric LAIGNEAU
Antoine LEONCINI
Richard MARC

Blaise RAYMOND

Hugo TOUZE.

Ils s'ajoutent aux 343 bagueurs déjà titulaires d'un permis de baguage généraliste (en cours de validité en fin d'année 2018).

Félicitations !

Rédacteurs: Pierre Fiquet et Pierre-Yves Henry