lundi 18 mai 2020

Milans royaux pyrénéens très sédentaires… sauf exception !

Milan royal (Photo: Patrick Harlé)
La population nicheuse pyrénéenne de Milan royal est supposément résidente. Mais cela restait à démontrer... Un programme d’étude par télémétrie (GPS/GPRS) a ainsi débuté en 2018 dans les vallées des Pyrénées centrales, ayant pour objectif d’étudier les domaines vitaux de ces oiseaux, et leurs variations entre les saisons et en fonction de l’altitude de reproduction. A ce jour, 2 femelles et 3 mâles ont été équipés.
Ce programme est coordonné par Aurélie de Seynes (Ligue pour la Protection des Oiseaux), financé par le programme européen Interreg POCTEFA EcoGyp, réalisé dans le cadre d'un programme personnel porté par Aymeric Mionnet (autorisé par le CRBPO sous le n°987), avec les soutiens méthodologiques d’Olivier Duriez et Simon Benhamou (Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive / CNRS-Université de Montpellier), et les marquages sont réalisés sur le terrain par Michel Leconte. Ces suivis et analyses contribueront à améliorer la connaissance de l'espèce, et donc notre capacité à la conserver, dans le cadre du Plan National d’Actions Milan royal (2018-2027).
  • Un échantillon sédentaire et casanier de la population…
Pour 4 des 5 oiseaux étudiés, les domaines vitaux hivernaux se superposent fidèlement aux domaines vitaux de reproduction, et sont particulièrement stables d'une année sur l'autre. A l’échelle d’un cycle annuel, ces individus ne s’éloignent de leur domaine  vital que d’une dizaine de kilomètres, et ce principalement en période hivernale lorsqu’ils se rendent à un dortoir (distance maximale de 17 km). 
Les variations de domaine vital sont à peine perceptibles entre les saisons de reproduction (Fig. 1: gauche) et hivernale (Fig. 1: droite); tout au plus, une dilatation pour les individus de moyenne montagne et une légère contraction pour ceux du piémont.
Par contre, les variations de domaine vitale semblent davantage prononcées le long du gradient d'altitude. En piémont, le domaine vital des oiseaux n’excède pas ~10 km² (voire 5 ou 6; Fig. 1: haut), alors qu'en moyenne montagne, ils atteignent plusieurs dizaines de km², jusqu’à 50 km² (Fig. 1: bas).

Fig. 1: Domaines vitaux de reproduction (gauche) et d'hivernage (droite) pour un milan royal de moyenne montagne (haut) et un de piémont (bas).
  • … enrichi de la 'migration' annuelle d’une femelle vers une zone d'estive au nord !
Si la plupart des milans royaux pyrénéens sont résidents, la femelle Pénélope de la zone de moyenne montagne a quant à elle un comportement étonnant. Au cours des 22 mois de suivi (4 juin 2018 – 21 avril 2020), Pénélope est allée à trois reprises passer la période estivale dans le département du Puy-de-Dôme, à l’ouest de La Bourboule (Fig. 2).
Fig. 2: Trajets d'un milan royal entre sa zone de reproduction dans les Hautes-Pyrénées et une zone d'estive dans les Volcans d'Auvergne (aller-retours orange et bleu pendant l'été 2018, rouge pendant l'été 2019).

Son 1er voyage en 2018 a débuté le 15 juillet, peu de temps après l’envol du jeune (fin juin). Partie le 15 au matin (entre 7 et 8h) elle arrive en fin de journée (vers 19h) au niveau de Caussade (Tarn-et-Garonne), après avoir parcouru près de 170 km. Le lendemain, elle reprend sa route vers le nord-est sur 60 km jusque le nord de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron). Le 17 juillet, elle parcourt plus de 150 km pour atteindre, en milieu d’après-midi, le sud du département du Puy-de-Dôme, entre la Tour-d’Auvergne et Super-Besse. Le lendemain matin, le 18, elle arrive sur ce que l’on apprendra plus tard être, son lieu de prédilection auvergnat, entre Tauves et La Bourboule. Elle y séjourne jusqu’au 30 juillet. Le 31 juillet elle amorce son voyage du retour en milieu de matinée et stationne dès la fin de journée, au sud de Villefranche de Rouergue, comme à l’aller, après avoir parcouru 150 km. Elle franchi le lendemain en fin d’après-midi la frontière du département des Hautes-Pyrénées, au niveau du Magnoac, après près de 180 km de trajet. C’est donc le 2 août vers 9h30-10h, après un peu moins de 50 km, qu’elle rejoint son territoire.
Son 2nd voyage de 2018 a débuté le 5 août (soit 3 jours après son retour dans les Pyrénées) vers 8h du matin. Le soir, après 200 km de voyage, elle arrive et stationne pour la nuit au sud de l’intersection des limites du Tarn, de l’Aveyron et du Tarn et Garonne. Le lendemain, le 6, elle parcourt 190 km avant d’atteindre en début d’après-midi son territoire auvergnat d’où elle ne repartira que le 24 septembre en tout début de journée.
Son voyage retour débute dès l’aube (avant 7h) du 24 septembre. Elle effectue un premier trajet de près de 250 km qui la conduit au nord de Toulouse le 24 en fin de journée. Le 25 en milieu de journée, après 165 km de trajet, elle arrive sur son territoire des Hautes-Pyrénées.
Pour son 3ème voyage, en 2019, elle part des zones de montagne de la vallée où elle se reproduit (et non pas de son territoire de nidification, peut-être dû à l’échec de sa reproduction). Elle quitte la vallée le 6 juillet en milieu de journée pour atteindre le sud de l’Isle-Jourdain, à la limite du Gers et de la Haute-Garonne le soir, après à peine 125 km. Le 7 juillet, dès 5h du matin, elle reprend sa route et arrive en fin d’après-midi avant 17h sur son territoire auvergnat après plus de 270 km. Le 21 septembre elle amorce un départ de son territoire auvergnat mais ne se résout en réalité par encore à le quitter. Après une boucle au sud de ce territoire, elle initie son retour le 22 en milieu de journée, mais s’arrête dès la fin de cette journée juste au nord d’Aurillac  à peine à 50 km de sa dernière zone de stationnement. Le 23, elle fait 230 km pour rejoindre le Gers, au sud-ouest de là où elle s’est arrêtée lors de son trajet aller soit au sud d’Auch et de l’Isle-Jourdain. Le 24 au matin, elle repart pour atteindre son territoire des Pyrénées en fin de matinée, après 80 km de trajet.
Ses trajets sont semblables et les différents itinéraires ne dépassent pas un faisceau large de 40-50 km. Par ailleurs, il semblerait, curieusement, que plus le trajet est long (souvent lié à une errance ponctuelle sur un secteur), plus il est rapide ! Ceci dit, une analyse approfondie permettra de mieux apprécier les différentes étapes et les conditions de vol.

Son territoire auvergnat affiche (au plus large) une taille semblable à son domaine vital dans les Pyrénées ! Elle évolue sur le même périmètre et la majorité de ses déplacements (cumulés sur les 3 séjours) se concentre sur une superficie d’environ 40 km². Si on regarde son second séjour (pourtant le plus long), ce territoire excède à peine 10 km² (Fig. 3).

Fig. 3: Domaines vitaux d'estive de la femelle 'migratrice' (orange: séjour de juillet 2018, bleu: séjour de août-sept. 2018, rouge: séjour de juillet-août 2019)
Ce comportement apparaît comme inédit, car la plupart des individus locaux des Pyrénées n’affichent pas de long déplacement. Par ailleurs, la plupart des données résultant des contrôles d’oiseaux marqués (A. Mionnet, comm. pers.), témoigne de la fidélité à la région de naissance (à part quelques rares individus observés nicheurs à plusieurs centaines de kilomètres de leur lieu de naissance). 
Aussi, le comportement de cette femelle reproductrice dans les Pyrénées, pose naturellement la question de son origine géographique…. Serait-elle née dans ce secteur du Massif Central, émigrant pour se reproduire dans les Pyrénées, mais maintenant une certaine philopatrie par ces brefs séjours d'estive ? Chez les rapaces, les femelles sont majoritairement le sexe 'dispersant'. 

Pour en savoir plus, consultez:


Rédactrice: Aurélie de Seynes

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