jeudi 14 décembre 2017

La réduction des effectifs de grives et merles migrateurs et hivernants en France: déclins démographiques ou changements de stratégie migratoire ?



Grive mauvis (Photo: Andreas Trepte)

Les turdidés font partie des espèces aviaires prisées par les chasseurs. Or les prélèvements à la chasse sont à la baisse ces dernières décennies (Fig. 1 ; Roux et al. 2015). Cette érosion des prélèvements pourrait refléter une réduction de l’abondance de ces espèces dans les populations d’origine et/ ou un changement des stratégies migratoires, potentiellement en lien avec les changements climatiques (Rivalan et al. 2006). Nous avons donc lancé un projet de recherche afin d’élucider les causes de ce déclin, en établissant la part respective du déclin démographique et du changement de stratégie migratoire.

Variations d’abondance des effectifs nicheurs et hivernants des principales espèces de grands turdidés en France (source: Roux et al. 2015)

Maxime Lahournat
Maxime Lahournat est en charge de ce projet de recherche doctorale, projet financé par l’ONCFS, et encadré par Cyril Eraud (Centre National d'Etudes et de Recherches AppliquéesAvifaune migratrice / ONCFS), Frédéric Jiguet et Pierre-Yves Henry (CRBPO / CESCO MECADEV). Le travail impliquera la caractérisation des aires d’origines des contingents hivernants et migrateurs, leurs éventuelles modifications au cours des décennies, et la dynamique de populations. Le projet reposera en grande partie sur l’analyse des données de baguage et de reprise/contrôle collectées au cours des cinquante dernières années dans de nombreux pays européens. Pour la France, ces données seront issues de la Base de données de baguage et déplacements d’oiseaux de France maintenue par le CRBPO. A l’échelle de l’Europe, c’est la base de données commune maintenue par EURING qui fournira des données issues d’une trentaine de pays.

Dans la perspective de ce projet, Khaldia Akkari et Marielle Péroz (techniciennes au CRBPO), renforcées par des personnels de l’ONCFS, ont ainsi saisi l’intégralité des données de baguage collectées en France sur les turdidés. Ces données sont maintenant consultables sur CRBPOData.

Références :
Roux D., Dej F., Landry P., Body G., & Eraud C. (2015) Suivi des populationsnicheuses (1996-2015) et hivernantes (2000-2015). Réseau national d’observation « Oiseaux de passage » ONCFS-FNC-FDC. Rapport interne ONCFS, 26 p.

mardi 14 novembre 2017

Attraction d’autres espèces par le chant de la Gorge-bleue à miroir durant la migration postnuptiale: un test expérimental


Gorgebleue à miroir

Il est bien connu que l'utilisation d’un leurre acoustique pour une espèce peut biaiser la population capturée de cette espèce (selon le sexe, l'âge ou l'état corporel) pendant les sessions de baguage au filets. Cependant, la possibilité que cet effet affecte les captures hétérospécifiques a été moins explorée et manque de preuves expérimentales solides. De la Hera et al. (2017) ont testé par une approche expérimentale si l'utilisation d'un leurre acoustique de la Gorge-bleue à miroir Luscinia svecica modifiait le nombre total doiseaux 'hétérospécifiques capturés durant la migration d'automne dans une zone humide située dans le sud-ouest de la France. Nous avons constaté une augmentation du taux de capture des espèces non ciblées. Cela montre que l'utilisation de leurre acoustique peut être une source d'erreur méthodologique pour la communauté des oiseaux tout au long des campagnes de baguage.

Pour en savoir plus:


Les roselières inondées accueillent-elles plus de passereaux migrateurs que les roselières asséchées ?


Les roselières des zones humides de la côte atlantique accueillent chaque année des millions
Roselière inondée
d'oiseaux en halte migratoire. La plupart sont humides toute l'année et influencées par les marées, mais certaines, moins bien connues, sont asséchées en été. Quelles sont les différences d'accueil des espèces, en particuliers migratrices et insectivores, leurs différences d'abondance, de diversités, de durée de séjour et de structure dans l'habitat roselière ?
Fontanilles et al. (2017) ont comparé deux sites en phragmitaie similaire dans la zone estuarienne de l'Adour, selon un protocole identique de capture-baguage au filet en août et septembre pour deux années différentes. Les relevés habitat ont porté principalement sur les paramètres des roseaux:
Roselière asséchée
hauteur, diamètre, densité, stratification. Les résultats montrent que la roselière humide est plus diversifiée et accueille un plus grand nombre d'individus pour les espèces paludicoles et les migrateurs transsahariens. Les roseaux y sont plus hauts, plus épais, moins denses et présentent une strate herbacée plus faible. La roselière sèche présente un intérêt pour des espèces tolérant des conditions hydriques plus faibles comme la Locustelle tachetée et le Phragmite aquatique, pour lesquels la roselière inondée mâture n'est pas un habitat préférentiel. Afin de réguler la progression des ligneux ou des espèces envahissantes exogènes (Erable negundo, Baccharis…) et d'accueillir plus de migrateurs transsahariens, il est proposé de maintenir une lame d'eau constante dans ces roselières actuellement asséchées en été.


Pour en savoir plus:
Fontanilles P., Brongo M., De La Hera Fernandez I., Fourcade J.M., Keller A.,  Lapios J.M. & Sourdrille K. 2017. Les roselières inondées accueillent-elles plus de passereaux migrateurs que les roselières sèches ? Structure de l’habitat et avifaune sont comparées. Alauda, 85(3): 161-178. 

Pour obtenir l'article, demandez-le à Philippe Fontanilles (fontanilles.oiso@laposte.net).

Voir plus d'informations sur le sujet sur le site de l'OISO.