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vendredi 19 novembre 2021

Où dorment les chouettes hulottes ?

Couple de chouettes en repos diurne (L. Morlet)
La Chouette hulotte (Strix aluco) est une espèce commune, souvent entendue mais rarement observée, de nuit comme de jour. Nous ne connaissions notamment quasiment rien sur les lieux occupés pour dormir. Pour essayer d’en savoir davantage sur les endroits où elle se cache durant son repos diurne, nous avons équipé d’émetteurs VHF 32 individus (16 femelles et 16 mâles) dans les forêts d’Orléans et de Fontainebleau), dans le cadre du programme personnel n°651. Six années de suivi ont permis d’effectuer 680 contrôles standardisés, auxquels s’ajoutent 442 contrôles complémentaires, et de rassembler des données sur le type de milieu forestier, l’essence de l’arbre choisi, la hauteur du reposoir, la qualité du camouflage, le comportement de l’oiseau et la présence éventuelle de son conjoint à ses côtés. Ces données ont été analysées, et publiées par Sénécal et Baradez dans la revue Ornithos en 2021.

Les résultats obtenus confirment pour partie ce qui était supposé sur le comportement de repos diurne de l'espèce, mais deux phénomènes méritent d’être soulignés. D’abord, le rôle essentiel des taillis caducs (parcelles de régénération, bosquets de jeunes charmes, gaulis, perchis, fourrés de saules marsaults et d’épineux) : ces milieux difficilement pénétrables abritent un petit tiers des reposoirs tout au long de l’année, mais plus de la moitié des oiseaux va s’y percher à faible hauteur de mai à octobre. Le second résultat notable de cette étude concerne le grand tournant du mois de novembre : la chute des feuilles conduit de nombreuses Hulottes à abandonner les essences caduques et à se réfugier dans les conifères, au fond des cavités ou sous l’épais manteau que leur offre le lierre.

Pour en savoir plus, lisez l'article complet:

Sénécal D. & Baradez R. (2021). Où dorment les Chouette hulottes ? Une étude sur les reposoirs diurnes de Strix aluco. Ornithos, 28-3, pp. 168-184 (accès direct au PDF ici - nous remercions la direction d'Ornithos d'avoir autorisé la diffusion gratuite en ligne de cet article). 

Rédacteur: Didier Sénécal

lundi 9 janvier 2017

Echanges asymétriques entre populations françaises de cigognes blanches

L'analyse des déplacements de cigognes blanches entre les régions de reproduction françaises montre que les populations nordiques fournissent plus d'individus aux populations du sud qu'elles n'en reçoivent (Figure). Les cigognes quittant l'Alsace s'établissent principalement dans la population du centre de la France, alors que les cigognes émigrantes normandes s'installent surtout sur la façade atlantique. Cette asymétrie des échanges d'individus entre populations semble s'être renforcé à partir de la moitié des années 2000. Pour la population alsacienne, ce n'est pas étonnant, la plus grande population nationale générant naturellement un nombre important de candidats à la dispersion. Par contre, pour la Normandie, c'est plus étonnant, les émigrants quittant une petite population pour aller s'établir dans une plus grande population.
Ces connaissances sur le fonctionnement de la métapopulation française de cigognes blanches sont issues du baguage de 10479 cigogneaux, entre 1988 et 2008 (21 ans), par les réseaux de bagueurs et d'ornithologues suivant les populations françaises de cigognes. Ces oiseaux bagués ont généré 1720 données de déplacements (à plus de 5 km), dont 239 entre populations. Sur la période d'étude, le suivi par baguage a été coordonné par le CRBPO. Il se poursuit depuis dans le cadre d'un programme personnel d'envergure nationale, coordonné par Gérard Wey (2009-2015) puis par Hubert Dugué, dans le cadre du Groupe Cigognes France.
Cette première analyse nationale des mouvements de cigognes blanches a été possible grâce à la collaboration entre le Groupe Cigognes France, le CRBPO, le Département Ecologie, Physiologie, Ethologie de l'Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien (Strasbourg), et le Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutive, dans le cadre des recherches doctorales de Emilio R. Rojas (financé par un contrat doctoral de l'Université de Strabourg).

Référence:

Rojas, E.R., Sueur, C., Henry, P.-Y., Doligez, B., Wey, G., Dehorter, O., Massemin, S. et Groupe Cigognes France (2016). Network analysis shows asymmetrical flows within a bird metapopulation. PLoS One, 11, e0166701

Figure. Changements entre 1988 et 2005 des échanges d'individus au sein de la métapopulation française de Cigognes blanches. Chaque nœud représente une population géographique de reproduction, et l'épaisseur des traits entre nœuds est proportionnelle au nombre d'individus ayant effectué le déplacement correspondant. Les flèches indiquent le sens des déplacements. Reproduit de Rojas et al. (2016).

mardi 10 mai 2016

Suivi à long terme et actions de conservation de l’Aigle de Bonelli en France.


La conservation des espèces menacées par les activités humaines consiste à favoriser la reprise de la croissance des populations en limitant l’impact des différentes menaces sur la survie ou la reproduction des individus. Face à la complexité des processus écologiques et l’urgence d’agir dans un contexte de ressources financières limitées, une évaluation des bénéfices des actions mises en œuvre est nécessaire pour permettre une gestion efficace des populations menacées. L’aigle de Bonelli est un bon exemple d’espèce menacée bénéficiant depuis plusieurs décennies de mesures de gestion conservatoire. Elle fait aussi l’objet d’un programme de baguage ininterrompu depuis  1990 qui a permis de baguer environ 95% des poussins nés en France depuis cette date (Ponchon & Ravayrol 2015). Enfin, un effort très important de relecture des bagues est assuré plus particulièrement depuis 1995. L’électrocution des aigles sur les pylônes électriques a rapidement été identifiée comme une cause de déclin majeure pour l’espèce. Ceci a conduit à partir de 1997 à la mise en œuvre d’actions visant à la neutralisation des pylônes dangereux à la fois sur les territoires de reproduction connus mais aussi dans les zones d’erratisme de l’espèce. Si l’impact positif de telles mesures de neutralisation sur la dynamique des populations d’oiseaux n’avait jusqu’alors jamais été montré au niveau international, des travaux se basant sur les données du programme de CMR sur l’Aigle de Bonelli en France ont pu évaluer les bénéfices obtenus par ces actions. Un premier travail a permis de vérifier la forte diminution des taux de mortalité par électrocution et l’augmentation globale de la survie des aigles à partir de 1997 (Chevallier et al. 2015), un second travail a permis de montrer  que l’augmentation observée du nombre de couples reproducteurs en France depuis les années 2000 était effectivement expliquée par cette action de conservation bien que la population d’aigles du Sud de la France soit encore soutenue par un renfort d’immigrants venus d’Espagne (Lieury et al. 2016). Ces travaux montrent l’importance des efforts de suivis individuels menés sur le long terme pour montrer les bénéfices réels des actions menées sur le terrain et tenter de les améliorer encore.

Par Nicolas Lieury, Alexandre Million, Aurélien Besnard, Alain Ravayrol et Cécile Ponchon.


Pour plus de détails (les articles sont disponibles dans la section Bibliographique / Programmes personnels du site du CRBPO):

Chevallier, C., A. Hernández-Matías, J. Real, N. Vincent-Martin, A. Ravayrol, & A. Besnard. 2015. Retrofitting of power lines effectively reduces mortality byelectrocution in large birds: An example with the endangered Bonelli’s eagle. Journal of Applied Ecology 52:1465–1473. 

Lieury, N., A. Besnard, C. Ponchon, A. Ravayrol, & A. Millon. 2016. Geographically isolated but demographically connected: immigration supports efficient conservation actions in the recovery of a range-margin population of the Bonelli’s eagle in France. Biological Conservation 195:272–278.

Ponchon, C. & Ravayrol, A. (2015). Rapaces diurnes - Aigle de Bonelli. 25 ans du programme de baguage: bilan et perspectives. Rapaces de France - L’Oiseau Magazine, Hors série n°17, 44–47.
Nombre de couples territoriaux comptés (points noirs) et nombre de couples territoriaux attendus en absence d'immigration. Ce graphique révèle l'importance majeure de l'immigration d'individus (très probablement espagnols) dans le maintien de la population française. Copie de la Figure 4 de Lieury et al. (2016) Biological Conservation.

Un site de saisie en ligne pour les gravelots à collier interrompu



Après les avocettes, c’est au tour du programme de marquage coloré des gravelots à collier interrompu en Bretagne porté par Gaétan Guyot pour Bretagne Vivante de bénéficier d’un site de saisie en ligne permettant d’identifier les gravelots bretons à partir des contrôles à distances. Ce site est accessible ici. Il permet de saisir les contrôles de gravelots à collier interrompu bagués couleurs et d’obtenir instantanément le CV de l’oiseau et de le télécharger au format pdf. Un outil développé par Arnaud Le Houédec de Bretagne Vivante dans le cadre du Plan Régional d’Action du Gravelot à collier interrompu. La péninsule bretonne accueillait environ 200 couples de gravelot à collier interrompu nicheurs en 2015 (Hémery et Guyot, 2015). Démarré en 2007 en baie d’Audierne, le programme de marquage coloré a été étendu à toute la Bretagne en 2015. 294 individus ont été bagués en 2015 et 2 646 contrôles de 347 individus différents ont été transmis jusqu’à fin 2015, avant l’ouverture du site. Toutes ces données permettront de mieux appréhender le fonctionnement de la population bretonne de gravelots à collier interrompu dans l’optique d’en assurer une meilleure conservation.


Le portail de saisie des contrôles visuels pour les Programmes Personnels du PNRO.





mercredi 9 mars 2016

Nouvel annuaire des Programmes personnels



Le Programme National de Recherches Ornithologiques (PNRO) permet actuellement à 134 bagueurs et/ou scientifiques de mener des recherches sur la biologie et l'écologie d'environ 250 espèces oiseaux de France métropolitaine et d’Outre-Mer (hors TAAF). Le dynamisme de la communauté française des bagueurs est illustré à travers la richesse de ces recherches, tant appliquées que fondamentales, qui portent sur des thèmes très variés tels que : alimentation, communication acoustique, conservation, dispersion, domaines vitaux, démographie et dynamique de population, écologie comportementale, écologie isotopique, écotoxicologie, génétique des populations, maladies, ontogénèse, phylogéographie, relations avec l'habitat, reproduction, systématique...



Prise de mesure biométrique sur un coq de Grand Tétras
(cliché : J.Y. Mathieux, PP821 P. Durlet, assistance M. Gauthier-Clerc)


La liste exhaustive des Programmes Personnels (PP) pilotés par les bagueurs du CRBPO compte 293 projets. Nous ne présentons dans cette liste que les projets terminés (119) et les projets actifs (174).



Les bagueurs désireux de créer un PP sont invités à consulter cet annuaire et à contacter les responsables au cas où une espèce ciblée ferait déjà l’objet d’une étude. Cet annuaire permet aussi aux responsables de programmes de mieux se connaître, d'échanger, de partager leurs expériences voire de collaborer. Cet annuaire peut intéresser les ornithologues désireux de s'informer sur les recherches actuellement menées par les bagueurs français. Enfin, les aides-bagueurs et les qualifiants pourront trouver à qui s'adresser pour s’initier à l’étude scientifique des oiseaux.

Plus d'information sur le fonctionnement des programmes personnels de recherche par capture et marquage d'oiseaux sur la page dédiée du site du CRBPO.

jeudi 3 décembre 2015

De la lecture des bagues couleurs…

On savait déjà que pour l’utilisation de marques couleurs, certains matériaux étaient plus résistantset certaines couleurs plus persistantes2.


Ici, les auteurs de l’article « On reading colour rings »3 ont testé 33 observateurs et deux longues-vues de différentes qualités pour déterminer si certaines couleurs/certaines lettres de bagues étaient plus lisibles (c’est-à-dire avec moins d’erreurs) que d’autres.

Ils ont pour cela attaché des bagues à 1.5m de hauteur, à 200m des observateurs.
Cinq combinaisons de couleurs (bagues + lettres) ont été testées : des lettres noires sur des bagues de couleurs orange, vert clair, blanches et jaunes et des lettres blanches sur des bagues bleu foncé. Seules les 15 lettres habituellement utilisées sur les bagues couleurs car limitant les risques de confusion à la lecture ont été testées (A B C D F H J L N P S T U X Z).

-        Dans 97.8% des cas, la couleur de la bague est correctement identifiée. Quatre bagues orange ont été reportées comme rouges, une jaune comme or, une bleue comme noir et une autre bleue comme vert foncé.
-        La qualité de la longue-vue est importante pour la lecture correcte des lettres : 98% des lettres étaient lues correctement avec la longue-vue de haute qualité, contre 93.7% pour la longue-vue de moins bonne qualité. Cependant, la couleur de la bague n’a pas d’effet significatif sur la lisibilité des lettres.
-        La lettre D est celle qui est la moins souvent bien lue avec 12.1% d’erreur (la plupart du temps, confondue avec la lettre O). Vient ensuite la lettre N (10.6% d’erreur), confondue souvent avec H. Toutes les autres lettres (B, F, H, J, L, T, U, X, Z) ont été correctement lues dans 93% des cas, et quatre lettres (A, C, P et S) sont lues correctement dans 100% des cas.

Si vous planifiez de réaliser une étude utilisant des bagues couleurs, les auteurs conseillent donc de ne pas se concentrer uniquement sur l’impact des marques couleurs sur le comportement4, mais également sur la lisibilité des marques sur le terrain. Ils encouragent la réalisation d’essais de lecture sur le terrain avant de choisir la combinaison de couleurs bagues-lettres à utiliser.

Références : 

lundi 20 octobre 2014

L'annuaire des Programmes Personnels est disponible

Le Programme National de Recherches Ornithologiques permet actuellement à près de 150 bagueurs et/ou scientifiques de mener des recherches personnelles sur la biologie et l'écologie d'environ 230 espèces oiseaux de France métropolitaine ou d'Outre Mer. Ces recherches, tant appliquées que fondamentales, sont très variées : communication acoustique, maladies, dynamique de population, reproduction, alimentation, écologie comportementale, domaines vitaux, relations avec l'habitat, dispersion, phylogéographie, conservation... 

Mesure de la luminescence des plumes bleues chez la Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica namnetum)

Longtemps attendu, l'annuaire des 184 Programmes Personnels pilotés par les bagueurs du CRBPO est enfin disponible. Il s'agit de la liste exhaustive des Programmes Personnels (passés ou en cours) qui ont été déposés avant la date du 13 octobre 2014. Plusieurs programmes de cet annuaire sont actuellement terminés, et certains n'ont pas été validés en 2014.

Pose d'une balise GPS-PTT (Argos-solaire) sur un Fou de Bassan (Morus bassanus)

L'objectif de cette mise en ligne est de montrer le dynamisme de la communauté française des bagueurs à travers la richesse de ces programmes.

Suivi par radio-télémétrie de passereaux

Les bagueurs désireux de créer un programme de ce genre sont invités à consulter cet annuaire et à contacter les porteurs de programmes au cas où une espèce ciblée ferait déjà l’objet d’un programme équivalent. Cet annuaire permettra aussi aux porteurs de programmes de mieux se connaître, d'échanger et de partager leurs expériences. Enfin, cet annuaire peut sans doute intéresser les ornithologues désireux de s'informer sur les recherches actuellement menées par les bagueurs français. Enfin, les aides-bagueurs en formation pourront aussi trouver là une information utile en sachant à qui s'adresser pour apprendre à capturer, à baguer et à étudier des espèces particulières.




Recherche des nids d'Océanites tempêtes (Hydrobates pelagicus) sur Banneg