vendredi 17 décembre 2021

Nouvelle thèse : Où et quand les infrastructures aériennes perturbent les grands rapaces ? Vers un modèle générique de prédiction du risque, basé sur l’Aigle royal

A. Hémery, C. Itty, et un aigle

Le projet Risk4DRaptors a pour but de développer un outil opérationnel à destination des aménageurs d’infrastructures aériennes (éoliennes, lignes électriques THT et MT, remontées mécaniques en zones de montagnes, etc.) et des instances décisionnaires. La finalité de ce travail est de parvenir à prédire les secteurs présentant un risque fort d’impact sur les populations de grands rapaces lors de la création de nouvelles infrastructures. Ce projet a pour objectif de produire une application répondant aux besoins des opérateurs tout en maximisant l’exploitation combinée des données collectées sur les grands rapaces. Actuellement, sur 52 programmes de tétémétrie autorisés par le CRBPO, 11 (21%) intègrent un objectif d'évaluation du risque lié aux infrastructures aériennes. Mais l’analyse des données de ces programmes est pour le moment non-coordonnée, non 'intégrée'.

Nous proposons donc de développer un outil de prédiction du risque de collision pour les grands rapaces, basé sur un processus itératif (pas à pas) dont les étapes successives seraient: 

1) une modélisation de l’utilisation de l’espace en 4D (espace géographique et altitude combinés à des changements temporels, tels que saisonnalité ou aérologie), 

2) une prédiction des secteurs à risques issue de cette modélisation pour permettre du micro-siting (ajustement de la position d’une infrastructure), 

3) une évaluation de la qualité des prédictions de ce modèle, 

et 4) un ajustement des prédictions du modèle au cas par cas, par site, au fur et à mesure que de nouvelles données sont collectées. Cet outil permettra d’alimenter le volet « Evitement » de la séquence ERC qui encadre règlementairement la conception de telles infrastructures. Ce projet a été intégré au projet MAPE (Mortalité Aviaire sur les ParcsEoliens).

C’est dans le cadre de ce projet qu’Arzhela HEMERY a démarré sa thèse de doctorat au 1e décembre 2021, sous la direction d’Aurélien Besnard et Olivier Duriez (Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive), et Pierre-Yves Henry (CRBPO, Mécanismes adaptatifs et évolution & Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation), projet financé par l’Agence de la Transition Ecologique (ADEME) dans le cadre de l’appel à projet ‘R&D Energie Durable Edition 2020/2021’.

L’évaluation de la faisabilité et de la pertinence de cette démarche de modélisation adaptative du risque sera réalisée en étudiant le cas de l’Aigle royal (Aquila chrysaetos). Nous avons choisi cette espèce pour deux raisons. Son occupation de l’espace est contrainte par de nombreux projets d’infrastructures aériennes en France. Et, grâce à l’initiative de Christian Itty et son implication sur le sujet depuis 2011, nous disposons déjà de plus de 140 individus équipés d’émetteurs GPS et de plus de 45 millions de localisations (données collectées dans le cadre du Programme Personnel 579,  porté par Christian Itty, voir post précédent). Ca en fait l'espèce la mieux documentée en France pour la problématique d'étude.

Le premier volet de la thèse s’appuiera sur les données télémétriques pour modéliser l’utilisation de l’habitat (2D) par les aigles royaux et cela dans des contextes paysagers variés. Ce contraste de paysages permettra d’identifier des règles génériques d’utilisation de l’habitat chez l’Aigle royal, et les règles nécessaires pour ajuster le modèle global à des particularités locales (p. ex. relief particulier). Ces informations seront utiles pour:

- déterminer s’il est possible de transférer les connaissances acquises dans ces zones pour prédire l’utilisation de l’habitat dans des zones sur lesquelles nous ne disposons pas d’individus équipés en GPS,

- identifier les caractéristiques associées aux secteurs les plus importants des domaines vitaux. Un accent particulier sera mis sur l’utilisation des zones présentant des infrastructures aériennes pour déterminer les types d’infrastructures qui sont évitées.

Le deuxième volet aura pour but d’étudier les conditions d’aérologie et de topographie déterminants les trajectoires aériennes utilisées de manière récurrente par les aigles royaux. Nous nous appuierons sur l’analyse des courants ascendants de deux types : les thermiques et les courants orographiques, afin d’ajouter une dimension verticale à la modélisation de l’utilisation de l’espace (3D). Enfin, nous étudierons les paramètres topographiques associés aux courants orographiques favorables aux vols des aigles afin de mettre en évidence les configurations du paysage associés à ces vols. Pour ces modèles, nous prendrons en compte les variabilités saisonnières pouvant influer les courants ascendants (4D).

Une fois le modèle validé sur l’Aigle royal, la validité de la démarche sera testée en appliquant la méthode à d’autres espèces de grands rapaces ayant fait ou qui font actuellement l’objet de programmes de suivis par télémétrie 3D (Aigle de Bonelli, vautours, Milan royal), afin d’évaluer les conditions à satisfaire pour que le modèle soit transférable à d’autres espèces.

Jeune aigle royal porteur d'un GPS (C. Itty)
La collecte des données indispensables à ce projet a été possible grâce à l’implication de très nombreuses personnes et organisations, sur le terrain pour les suivis et/ou les captures, mais également pour le financement des émetteurs et autres équipements. L’association BECOT (Baguage et Etudes pour la Conservation des Oiseaux et de leurs Territoires) a porté les suivis pour le Massif Central et la Drôme. Les équipements ont été financés de multiples façons, allant d’un financement participatif par les observateurs (merci à chacun d’entre eux, ils se reconnaitront, les citer tous serait trop long), jusqu’à des financements européens (Natura 2000), en passant par des dons ou diverses subventions. Réseau de Transport d'Electricité (RTE) a financé les équipements dans zone d'étude des Hautes Alpes, dans le cadre d’une mesure compensatoire liée à la construction (et/ou le déplacement) de nouvelles lignes électriques Très Haute Tension. Ce projet, porté par le CEFE, vise à identifier les points de conflits entre l’utilisation des territoires par les grands rapaces et le réseau électrique. RTE étant copropriétaire de ces données hautes alpines, l’entreprise a accepté qu’elles soient utilisées dans le cadre de cette thèse.

Aigle royal avec émetteur GPS/3D (Photo: E. Hérault)
Nous profitons donc de l’occasion du lancement de ce projet doctoral pour remercier très sincèrement toutes les personnes et organisations qui ont rendu cette recherche possible par leurs précieux soutiens (par ordre alphabétique):

Association Nationale des Fauconniers et Autoursiers français (ANFA)

Association Française des Parcs Zoologiques (AFDPZ)

Association pour l’Etude des Territoires des Oiseaux de Savoie (AETOS)

Association Baguage et Etudes pour la Conservation des Oiseaux et de leurs Territoires (BECOT)

Association La Salsepareille

Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE)

Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation (CESCO)

Conservatoire d’Espaces Naturels (CEN) Occitanie

Conservatoire d’Espaces Naturels (CEN) Provence Alpes Côte d’Azur

Centre Ornithologique du Gard (COGARD)

Communauté de communes de la Vallée de l’Hérault

Communauté de communes des Cévennes Gangeoises et suménoises

Communauté de communes du Grand Pic Saint Loup

Conseil Départemental de la Drôme

Conseil Départemental du Gard

Direction Départementale des Territoires (DDT) de la Drôme

Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) du Gard

Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et duLogement (DREAL) Auvergne-Rhône-Alpes

Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et duLogement (DREAL) Occitanie

Envergures Alpines

Grand Parc du Puy du Fou

Groupe Aigle royal Drôme

Groupe Rapaces Massif Central, Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO)Drôme – Ardèche

Natura 2000

Office National de la Chasse et la Faune Sauvage (ONCFS), devenu OfficeFrançais pour la Biodiversité (OFB)

Parc Naturel Régional (PNR) des Baronnies Provençales

Parc Naturel Régional (PNR) du Vercors

Parc National des Cévennes

Parc National des Ecrins

Parc National de la Vanoise

Réseau de Transport d’Electricité


Rédacteurs : Arzhela Hemery  et Christian Itty

 


 

mercredi 15 décembre 2021

Rap, changements globaux, oiseaux et biodiversité: nouveaux cocktails musicaux disponibles !

Pour contribuer à la diffusion de la connaissance scientifique en écologie vers de nouveaux publics, Nicolas Dubos diffuse occasionnellement des clips de rap / hip-hop sur sa chaine youtube (3' Scientific Rap Sessions), présentant les enjeux scientifiques et sociétaux de ses publications scientifiques récentes. Nicolas adopte un ton engagé, exprimant la frustration des chercheurs quant au manque de prise en considération des connaissances qu'ils produisent par les pouvoir public et les décideurs politiques. Le tout en 3 minutes pile, et en rap.

Nombre d'entre vous connaissez déjà son premier clip, diffusé via le blog CRBPO (lien), qui portait sur l'incidence des fluctuations climatiques sur la taille des jeunes passereaux, sujet de sa thèse de doctorat au Centre d'Ecologie et des Sciences de la Conservation (2014-2017, voir posts en 2018 et 2019). Il profite de cette occasion pour vous remercier chaleureusement pour votre soutien, le réseau des bagueurs ayant été de loin la communauté qui a le plus relayer ce clip, atteignant 20000 vues. Il serait resté au grenier sans vous. Merci! Depuis, ce clip a aussi été diffusé au Congrès Mondial de la Nature.

Dans ses productions récentes, Nicolas met à nouveau en exergue l'importance de la contribution des réseaux de sciences participatives en écologie des changements globaux, avec des mentions spéciales pour le réseau du Centre de Recherches sur la Biologie des Populations.
Voici les liens vers ses derniers clips:
- Espèces-climat-latitude : chaud, humide et sombre (06/10/2021; en anglais sous-titré, puis français à partir de 2:22). Ce dernier clip revient notamment son dernier article de thèse, où l'on trouvait que les effets du changement climatique seront plus sévères à mesure que l'on se rapproche de l'équateur. Cette fois-ci il étend la zone d'étude jusqu'aux tropiques. Dans ce clip, il a invité Benjamin Freeman, chercheur ornithologue de l'Université de British Columbia, dont les trouvailles font écho aux siennes. Ce thème a aussi donné lieu à un article dans The Conversation.

Bonne écoute !

Rédacteur: Nicolas Dubos