vendredi 15 février 2019

Evolution des voies de migration de la Rémiz penduline sur 60 ans


Remiz penduline (L. Carrier)
La Rémiz penduline (Remiz pendulinus) est remarquable à plus d’un titre : pour sa beauté, pour la spécificité de son habitat (zones humides dulçaquicoles), pour son déclin (la classant en danger d’extinction en France en 2011, UICN France), pour la fascination qu’elle exerce sur les bagueurs d’oiseaux de longue date… mais surtout, d’un point de vue écologique et évolutif, pour sa dynamique récente d’expansion au travers de l’Europe de l’Ouest, induisant l’évolution de nouvelles voies migratoires et de nouvelles aires d’hivernage.
Jusqu’à la moitié du XXème siècle, la rémiz se reproduisait essentiellement en Europe centrale. Puis des colons (surtout des oiseaux de 1ère année) ont étendu l’aire de répartition vers l’Allemagne, puis vers le nord-ouest (Pays-Bas, Danemark ; Valera et al. 1993). Historiquement, et jusque vers 1975, les rémizs passaient l’hiver en région méditerranéenne (Italie, sud de la France, nord-est de l’Espagne ; Valera et al. 1993, Villaran 2003). Mais, de manière concomitante avec l’expansion vers le Nord-Ouest des populations reproductrices, il y a eu une expansion vers l’Ouest et le Sud-Ouest de l’aire d’hivernage (Espagne). Cette expansion s’est faite progressivement au moins jusque vers les années 1990 (Valera et al. 1993, Villaran 2003); mais aucune étude n’a caractérisé cette dynamique pour les 3 décades suivantes.
Avec l’apparition de nouvelles aires de reproduction, et de nouvelles aires d’hivernage, les rémizs ont-elles continué à employer la même voie de migration, par la côte méditerranéenne ? Ou y a-t ’il eu évolution de nouveaux parcours migratoires ?
Iris Lucas a exploré cette question graphiquement sur la base des 57393 données de baguage de rémizs collectées en France depuis 1961 (dont 2927 déplacements de plus de 10 km). Et la réponse s’illustre bien à partir de la figure ci-dessous. Les rémizs des populations reproductrices les plus récentes (c’est-à-dire le plus au nord-ouest de l’Europe : Belgique, Pays-Bas, Danemark) ont établi une nouvelle voie de migration, qui suit la côté atlantique, pour passer l’hiver dans le sud-ouest de la France ou en Espagne. A l’inverse, les populations les plus au sud de l’Europe (Suisse, Italie et à l’Est) passent presque exclusivement par la voie de migration historique, en suivant la côte méditerranéenne. Et pour les populations du centre de l’Europe, les oiseaux peuvent passer par chacune des deux voies de migration.

Localisation des rémizs au cours du cycle annuel, révélant que les oiseaux se reproduisant dans les populations récemment fondées en Belgique, nord de l'Allemagne et Danemark passent essentiellement par une nouvelle voie de migration, suivant la façade atlantique.

Ce modèle d’étude des voies de migration (remarquable par le taux d’oiseaux qui sont bagués en Europe de l’Ouest, de l’ordre de 1%) méritera des analyses plus approfondies, pour révéler les mécanismes sous-jacents aux changements de voie de migration et d’aire d’hivernage.
Ce travail est le fruit de 60 années de suivi des rémizs par les bagueurs de toute l’Europe, et en particulier du groupe français de bagueurs s’intéressant à l’espèce (animé par Pascal Miguet, avec des contributions majeures par Bruno Bayou, Yves Beauvallet, Laurent Carrier, Grégoire Massez, Benjamin Vollot), données qui ont pu être explorées par Iris Lucas, étudiante de l’Ecole Nationale des Sciences Géographiques, dans le cadre de Travaux Pratiques du BTS Géomètre-Géomaticien, supervisée par Sébastien Mustière du Laboratoire en Sciences et Technologies de l'Information Géographique (IGN/ENSG) et Pierre-Yves Henry (CRBPO).

Références citées :
Valera, F., Rey, P., Sanchezlafuente, A.M. & Munozcobo, J. (1993). Expansion of Penduline Tit (Remiz pendulinus) through migration and wintering. J. für Ornithol., 134, 273–282

Villaran, A. (2003). Análisis de la invernada de pájaromoscón Remiz pendulinus en España. Ardeola, 50, 245–250

Rédacteur: Pierre-Yves Henry

mardi 5 février 2019

Programme de baguage couleur sur le Pipit de Richard




Dans le cadre d’une étude sur l’évolution des voies migratoires chez le Pipit de Richard Anthus richardi, un projet de baguage couleur (en collaboration avec le CRBPO) est mis en place à partir de cet hiver 2017-2018 sur plusieurs sites du littoral méditerranéen. Il vise à contrôler la fidélité des sites d’hivernage, à documenter la durée de stationnement individuel et à mettre en évidence la stabilité d’une nouvelle voie de migration pour l’espèce.

Cette étude est effectuée sur des sites accueillant depuis plusieurs années de nombreux individus pendant la période hivernale. A ce jour, 26 oiseaux ont été équipés d’une bague blanche de type Darvic comportant un code alpha-numérique (voir photo) sur :
-          l’ancien hippodrome d’Alenya (Pyrénées-Orientales), 2 oiseaux bagués
-          le mas Chauvet en plaine de Crau (Bouches-du-Rhône) ; 21 oiseaux bagués
-          la base nature de Fréjus (Var) ; 3 oiseaux bagués



Si des oiseaux sont ré-observés d’une année sur l’autre, un suivi par géo-localisateurs sera envisagé afin de déterminer où se reproduisent ces oiseaux. Ainsi avec l’ensemble de ces éléments, nous essaierons de comprendre­ pourquoi une espèce, qui nichent dans les steppes d’Asie orientale et qui hivernent normalement en Inde et Asie du sud-est, semble avoir modifié en partie ses voies de migration pour parcourir davantage de kilomètres et venir passer l’hiver dans le sud de l’Europe et le nord du Maghreb.

De nombreux observateurs se rendent chaque année sur ces sites afin d’observer les pipits, nous les invitons donc à porter une attention particulière à la présence de ces bagues colorées et à indiquer leurs lectures en retour de mail à paul.dufour80@gmail.com. De plus, il est fort probable que d’autres Pipits de Richard passent l’hiver entre ces sites ; si vous cherchez spécifiquement l’espèce cela nous serait également d’une grande aide de savoir si l’espèce est présente ou non en dehors des secteurs habituels. 

Information sur le programme disponible sur Cr-briding : http://www.cr-birding.org/node/5040
Information sur la technique de capture employée : Christophe de Franceschi : christophe.defranceschi@cefe.cnrs.fr

Rédacteurs: Christophe de Franceschi et Paul Dufour