jeudi 2 avril 2020

Le hip-hop en renfort pour la diffusion scientifique: retour sur climat et taille des oiseaux

La taille des jeunes oiseaux d'une année dépend de la productivité primaire et de la température au printemps. Nous vous avions fait part de ces résultats marquants dans des posts précédents. Mais peut-être que les messages étaient trop techniques, ou que la froideur d'articles en anglais vous a découragé d'explorer le sujet... Alors Nicolas Dubos (auteur des études) s'est lancé dans une aventureuse innovation pour diffuser le contenu scientifique de ses travaux: la création d'un clip musical scientifique, dans un style hip-hop humoristique ! 

Pour redécouvrir cette problématique scientifique, et ces résultats, en musique... rendez-vous sur: https://www.youtube.com/watch?v=TktDmhQkc8Y

Apprendre en s'amusant, et s'amuser en apprenant !

Rédacteur: Nicolas Dubos

jeudi 20 février 2020

L’île de Porquerolles, une halte migratoire pour les passereaux transméditerranéens ? Bilan 2008 – 2017


Site de suivi en habitat méditerranéen (Photo: A. Reszka-SCOPS)
L’association Suivi Collectif des Oiseaux de Porquerolles (SCOPS) a mené sur l’île de Porquerolles une étude sur le passage migratoire des oiseaux en période prénuptiale. Après un premier essai en 2003, un partenariat a été mis en œuvre avec le Parc National de Port-Cros. De 2008 à 2017, les protocoles 'Halte Migratoire' et 'Séjour' du Programme National de Recherches Ornithologiques ont été appliqués. Une publication récente fait la synthèse des données collectées au cours de ces quarante-cinq semaines de captures sur dix ans (Beauvallet et al. 2019). Elle montre l’importance de la diversité de la communauté aviaire qui fréquente l’île en période de migration printanière. 15 219 individus de 94 espèces et de 14 sous-espèces ont été déterminés. Plusieurs nouveaux taxons ont été répertoriés pour l’île. Le pourcentage minimal d’individus s’arrêtant sur l’île est de ~8 % en moyenne, mais variable d’une espèce à l’autre pour un groupe de 15 espèces-cibles représentant 88 % du total capturé.
La comparaison entre deux stations, l’une en zone sèche et l’autre en zone humide, montre à la fois des similitudes et des différences dans l’exploitation qu’en font les espèces non nicheuses pour reconstituer leurs réserves. La courte durée de séjour, de l’ordre de quelques jours au maximum, des espèces-cibles transméditerranéennes, est précisée. L’étude pointe des écarts de masse corporelle entre les oiseaux qui s’arrêtent et ceux qui ne sont pas recapturés. La prise de poids par les oiseaux présente une forte variabilité entre espèces et entre individus. L'étude caractérise également la phénologie de la migration printanière des espèces capturées (cf. figure). Porquerolles joue un rôle pour les passereaux les plus en difficulté durant leurs déplacements printaniers comme halte migratoire et zone refuge (particulièrement lorsque les conditions climatiques sont défavorables à la migration).

Chronologie de la migration des espèces principales à Porquerolles de 2008 à 2017
Pour en savoir plus, lisez l'article:



Rédacteur: Yves Beauvallet 

jeudi 6 février 2020

Où les bagueurs préfèrent-ils suivre les oiseaux communs en période de reproduction ?


Filets de baguage dans un marais (P.-Y. Henry)

Le Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC) par Capture a pour objectif de suivre sur le long-terme les fluctuations démographiques des populations d’oiseaux communs en France. Ce protocole impose un investissement personnel élevé de la part des bagueurs qui le mettent en œuvre (équipement, sécurisation du site, constitution d’une équipe, respect du protocole, au moins 4 jours de terrain par an, etc…). Et cet investissement doit être maintenu sur la durée (minimum 2 ans ; en moyenne, 5 ans). Le ‘plaisir’ et la facilité de mise en oeuvre sont alors très importants pour assurer la motivation et l’assiduité sur la durée. Ainsi, depuis le début du STOC Capture (en France, et ailleurs l’Europe), nous conseillons aux bagueurs de choisir des sites suffisamment attrayants pour que la mise en œuvre du STOC reste un plaisir même après 10 ans (extrait du protocole).

Les bagueurs favorisent donc le suivi de sites 'hors normes', plus préservés, ou plus diversifiés que la moyenne des habitats disponibles aux alentours de leur domicile. Mais quelles sont leurs préférences ? A quel point, (dé)favorisent-ils certains habitats relativement à leur représentation nationale ? Ces questions ont fait l’objet du stage de master 1 de Léa Schlemmer en 2019 (Muséum National d’Histoire Naturelle), encadré par Pierre-Yves Henry et Pierre Fiquet (CRBPO) et Julien Laignel (UMS PatriNat). Pour chacune des 281 stations géolocalisées précisément (1989-2018), nous avons caractérisé l’habitat (à partir du niveau 2 de CORINE LandCover 2012) et le statut de protection/patrimonialité (à partir des données cartographiques issues de l'Inventaire National du Patrimoine Naturel) dans un rayon de 113 m autour du centre de chaque station (4 ha). Le biais de représentation a été calculé en rapportant cette proportion de stations par habitat ou statut, à la surface de chaque catégorie à l’échelle de la France métropolitaine.

L’habitat préféré par les bagueurs est de loin les zones humides intérieures : 63 fois plus de stations dans cet habitat qu’attendu par hasard (c’est-à-dire relativement à la surface de ces habitats à l’échelle métropolitaine; Fig. 1). Suivent les zones humides maritimes (27x plus), et les espaces verts artificialisés non-agricoles (15x plus).
Les habitats agricoles intensifs sont les moins suivis: 7x moins qu’attendu par hasard pour les cultures permanentes, 4x moins pour les terres arables.
La répartition des stations entre les autres catégories d’habitats est relativement bien représentative.
Notons que la méthode de suivi utilisée (filets de 3 mètres de haut) est peu propice pour les habitats avec une strate végétale haute (p. ex. forêt haute, où une partie des oiseaux passe au-dessus des filets) et pour les habitats très ouverts (p. ex. champs, où les filets sont trop visibles, et les oiseaux les évitent). Ainsi, l'évitement de ces habitats est explicable par l'inadéquation de la méthode à mettre en oeuvre, plutôt que par une préférence des bagueurs.

Figure 1: Biais de représentation dans le réseau des STOC Capture par catégorie d’habitat, relativement aux surfaces du territoire national.


Les bagueurs préfèrent-ils suivre les oiseaux par capture dans des espaces protégés ? Oui : il y a 30x plus de stations dans les aires protégées avec plan de gestion qu’attendu par hasard (Fig. 2). Les zones humides étant attractives pour les bagueurs (Fig. 1), mais aussi fortement menacées, et donc protégées, une part de cette surreprésentation est probablement une conséquence de l’attrait des bagueurs pour l’avifaune paludicole. De plus, les gestionnaires d'espaces naturels sont demandeurs de suivi des populations d'oiseaux qu'ils préservent. Ils sont donc enclins à encourager la mise en oeuvre de suivi sur leurs espaces. Une part des bagueurs sont d'ailleurs employés par des organismes ayant en charge la gestion des sites suivis.
Les autres types de territoires sont relativement bien représentés. Notons qu’il y a autant de stations en ‘nature ordinaire’ (territoires sans statut) qu’attendu par hasard.

Figure 2: Biais de représentation dans le réseau des STOC Capture par catégories de protection/patrimonialité, relativement aux surfaces du territoire national: 1) Aires protégées avec plan de gestion (réserves, arrêtés de protection, sites de conservatoires ; N=80 stations) ; 2) Autres aires protégées (Réserve Biologique Intégrale, zone cœur de Par National, Réserve de biosphère ; N=22) ; 3) territoires sans statut de protection/patrimonial (N=61) ; 4) Parc naturel, aide d’adhésion de parc national, zone de protection spéciale, site Natura 2000, Géoparc UNESCO ; N=66) ; et 5) sites d’intérêt patrimonial sans protection (RAMSAR, ZICO, ZNIEFF, Site UNESCO ; N=52).


Ainsi, le réseau des stations de STOC Capture assure une représentation particulièrement élevée de  la dynamiques des oiseaux communs dans les aires protégées et les habitats humides, ainsi que dans les habitats arbustifs/buissonnants. A l’inverse, le réseau est très mal adapté pour documenter la dynamique des oiseaux communs de milieux agricoles intensifs, habitats qui nécessiteraient un effort spécifique afin d’y documenter les mécanismes démographique responsables du déclin des oiseaux dans ces écosystèmes.

Pour en savoir plus:
Rédacteur : Pierre-Yves Henry