jeudi 17 octobre 2019

Mesurer l’efficacité de la réhabilitation d’oiseaux: taux de recrutement similaires entre des jeunes Chevêche d’Athéna élevées temporairement en captivité et des oiseaux sauvages

Chevêche avant relâcher (R. Monleau)

Chaque année, un grand nombre de jeunes oiseaux sont ramassés par méconnaissance par des particuliers, peu de temps après avoir quitté leur nid, pour être déposés dans des centres de sauvegarde de la faune sauvage. Ces oiseaux sont temporairement élevés à la main avant d’être relâchés. L’efficacité de cette pratique demeure néanmoins largement méconnue. Hameau et Millon (2019) ont suivi le devenir de 119 chevêches d’Athéna (Athene noctua) relâchées dans la nature. Ils ont trouvé une probabilité de recrutement similaire à celle des oiseaux sauvages (11.8% vs. 10.7% des 382 poussins envolés sauvages). La période de relâcher des oiseaux, en automne et au début du printemps suivant, n’affecte pas les probabilités de recrutement, mais un plus faible succès reproducteur de ces derniers, comparé aux oiseaux sauvages, suggère que les lâchers d’automne sont à privilégier.

Pour plus  d'informations:


Rédacteur:Olivier Hameau

mardi 15 octobre 2019

'Escale au carbet' de Coline Chevis: une bande dessinée sur 'Pourquoi baguer les oiseaux migrateurs?'

L’équipe de la Ligue pour la Protection des Oiseaux  de la Réserve Naturelle de Moëze-Oléron et les bagueurs réalisant le suivi des oiseaux migrateurs par baguage sur le site de Plaisance (Philippe Delaporte, Pierre Rousseau, Loïc Jomat, Jean-François Blanc, Thomas Gouëllo) vous invitent à découvrir les moments inoubliables de cette station de baguage au travers d'une bande dessinée, parue ce 10 octobre 2019. L'auteure, Coline Chevis, s'est immergée dans cette activité hors norme, passant de longues heures la table de baguage, à la tournée des filets, et dans cette ambiance si particulière des petits matins où les buissons bruissent d'oiseaux migrateurs... De témoignage, cette bande dessinée est aussi un pont entre la science et le grand public, et rend accessible à tous le 'Pourquoi baguer les oiseaux migrateurs?'.
Le Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d'Oiseaux félicite l'excellente initiative de cette équipe, et a cautionné le contenu scientifique de cet ouvrage, donnant accès au label du comité des éditions du Muséum

Cette bande-dessinée est parue 23 jours après le marquage du 200 000ème oiseaux capturé sur ce site, depuis 2001 !

Prix public : 15€ + frais de port

Pour se la procurer :
ou Espace d’accueil de la réserve naturelle de Moëze-Oléron, Plaisance, route de Plaisance, 17780 Saint-Froult.
200000ème oiseau marqué à Plaisance: un mâle de fauvette à tête noire né en 2019. Bon voyage !

Rédacteur: Nathalie Bourret (Ligue pour la Protection des Oiseaux) et Pierre-Yves Henry (CRBPO)

lundi 7 octobre 2019

Quels oiseaux portent quelles tiques, qui portent quelles Borreliella ? Résultats de 2018


Cycle de Borreliella (extrait de Drouin 2019)

La borréliose de Lyme est une maladie causée par un ensemble de bactéries de la famille des Borreliella (principalement Borreliella afzelii, B. garinii et B. burgdorferi en Europe). Ces bactéries sont transmises par les tiques (principalement Ixodes ricinus en Europe).  La borréliose de Lyme touche l’Homme mais aussi le Chien, le Cheval et les bovins (Centre National de Référence des Borrelia 2018; Boulouis et al. 2015). Le rôle des oiseaux en tant que réservoir des bactéries responsables de la maladie est reconnu depuis de nombreuses années (Heylen et al. 2013). Ils sont en effet inféodés à certaines espèces de Borreliella, dont B. garinii (associée à des symptômes neurologiques), B. valaisiana et B. turdi. La Mésange charbonnière, la Mésange bleue, le Rougegorge familier et le Merle noir seraient particulièrement impliqués dans la dynamique des populations de tiques vectrices du fait de leurs abondances, et leurs charges en tiques (Marsot et al. 2012; Heylen et al. 2013, 2017; Norte et al. 2015).
Le projet OUTLYER (OiseaU Tiques LYmE Risque) cherche à connaître le rôle des oiseaux en reproduction dans la dynamique locale des populations de tiques et des Borreliella associées. Ce projet est porté par l’unitéd’Epidémiologie du Laboratoire de Santé Animale de l’ANSES (Maisons-Alfort ; Maud Marsot), le CRBPO (Pierre-Yves Henry) et l’unité Biologie Moléculaire etimmunologie parasitaire (BIPAR, INRA/ENVA/ANSES ; Sara Moutailler). Le but est de comprendre la contribution relative des différentes espèces aviaires françaises au risque acarologique de la Borréliose de Lyme, c’est-à-dire à la production de tiques infectées par ces espèces. La période de reproduction des oiseaux, peu étudiée jusqu’à présent (Marsot et al. 2012), représente la période de reproduction et de plus forte abondance des tiques, mais aussi des oiseaux.
La première partie de ce projet s’est déroulée dans le cadre du stage de master 2 d’Alex Drouin. Les bagueurs du CRBPO participants au programme STOC Capture ont été sollicités pour prélever des tiques sur les oiseaux capturés durant la saison de reproduction 2018. Durant cette période, 70 stations ont pris part à la collecte (carte ci-dessous) et ont envoyé 621 prélèvements de tiques provenant de 25 espèces d’oiseaux. Un échantillon correspondait à un oiseau avec au moins une tique prélevée sur l’individu. 
Répartition des sites de prélèvement de tiques et prévalence des larves en Borreliella sp.

Nous nous sommes intéressés uniquement aux larves des tiques car celles-ci sont considérées comme naïves en agents pathogènes. En effet, la transmission trans-ovarienne des bactéries responsables de la maladie de Lyme, c’est-à-dire de transmission de l’agent pathogène de la femelle à sa descendance, est négligeable. On considère donc que lorsqu’une ou plusieurs larves de tique sont détectées positives pour Borreliella, c’est que l’oiseau sur lequel a été prélevé la ou les larves de tiques était porteur de la bactérie et l’a transmise aux tiques.
Nous avons eu au total 312 échantillons de larves, provenant de 25 espèces d’oiseaux différentes. Au total, 27,2 % de ces échantillons étaient positifs pour Borreliella. Les données disponibles pour le moment ont permis de montrer que le Merle noir et la Grive musicienne apparaissaient comme les deux espèces ayant les plus fortes prévalences pour Borreliella. Au contraire, le Rouge-gorge familier et le Troglodyte mignon étaient les deux espèces ayant la plus faible prévalence (voir lesdétails dans le rapport d’Alex Drouin). La précision de ces estimations reste toutefois à améliorer pour certaines espèces en raison des petits effectifs disponibles. Les données de la collecte de 2019 permettront de compléter les informations concernant la variabilité inter- et intra-spécifique, et d’étudier la variabilité spatiale de cette prévalence. Ces travaux seront poursuivis dans le cadre du projet de thèse de doctorat OUTLYER qui a démarré au 1er octobre 2019 (post à venir).

Références citées
Boulouis, H.-J., A.-C.  Lagrée, T. Dugat, and N. Haddad. 2015. Les animauxvertébrés et les maladies dues à des bactéries vectorisées par les tiques, Revue Francophone des Laboratoires, 472: 77-87.
Centre National de Référence des Borrelia. 2018. 'La bactérie responsable de La Borréliose de Lyme', Les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg.
Heylen, D., A. Krawczyk, I. Lopes de Carvalho, M. S. Nuncio, H. Sprong, and A. C. Norte. 2017. Bridgingof cryptic Borrelia cycles in European songbirds, Environ Microbiol, 19: 1857-67.
Heylen, D., E. Tijsse, M. Fonville, E. Matthysen, and H. Sprong. 2013. Transmission dynamics of Borrelia burgdorferi s.l. in a bird tickcommunity, Environ Microbiol, 15: 663-73.
Norte, A. C., L. P. da Silva, P. J. Tenreiro, M. S. Felgueiras, P. M. Araujo, P. B. Lopes, C. Matos, A. Rosa, P. J. Ferreira, P. Encarnacao, A. Rocha, R. Escudero, P. Anda, M. S. Nuncio, and I. Lopes de Carvalho. 2015. Patterns of tick infestation and their Borrelia burgdorferi s.l. infection inwild birds in Portugal, Ticks Tick BorneDis, 6: 743-50.

Rédacteurs: Alex Drouin, Maud Marsot et Pierre-Yves Henry

mardi 24 septembre 2019

Dernières reprise remarquables

Sélection de quelques contrôles/reprises remarquables arrivés au CRBPO au cour du printemps/été 2019

Le 23/06/2019 un mâle de Gros-bec casse-noyaux est capturé accidentellement (relâché en bonne santé apparente) dans un filet destiné à protéger les arbres fruitiers d'un jardin de Videtsk, village du nord de la Biélorussie proche des frontières avec la Lituanie et la Lettonie. Cet individu bagué dans le Gers (32) durant le remarquable afflux de l'hiver 2017-2018  fournit ainsi la donnée la plus orientale de la base de donnée du CRBPO (Remarque : un oiseau porteur d'une bague estonienne a été photographié durant la fameuse invasion récente, lecture malheureusement incomplète ...).
Mâle nuptial de Gros-bec casse-noyaux avril 2018 Brunoy (91)

Second contrôle en France, le dernier datait de 2004, d'un Bruant des roseaux porteur d'une bague de "Minsk"contrôlé le 28/01/2019 à Chateauneuf sur Isère (26), jeune mâle capturé le 09/10/2018 proche frontière russe. Pas (encore) de données plus à l'Est !

Reprise le 25/11/2018 d'un Faucon d'Eléonore découvert par des légionnaires sur l'archipel des Glorieuses, territoire français appartenant aux Terres Australes et Antarctiques Françaises TAAF situé dans l'Océan Indien juste au Nord de Mayotte et de Madagascar. Rapace marqué poussin d'une bague espagnole le 12/09/2017 sur l'île de Lanzarote aux Canaries soit un parcours d'au moins 8000 km ! Il s'agit cependant de l'aire d'apparition normal pour ce rapace censé hiverner principalement à Madagascar  mais les données (hors récentes découvertes via la télémétrie) demeure fragmentaires.

Pour rester dans le sujet signalons cette reprise sur Lanzarote du 26 Août dernier d'une bague française par un Faucon d'Eléonore (enfin plus exactement reste d'un Acrocephalus bagué trouvé sur un lardoir à proximité immédiate d'un nid de cette espèce), l'oiseau porteur était une Rousserolle effarvatte capturée à Moeze (17) fin septembre 2018. Nombreux doivent être les petits migrateurs transsahariens à disparaître ainsi sans laisser de traces près des colonies de ces chasseurs spécialisés.

Nouveau contrôle et seconde mention pour la base de Fauvette à tête noire égarée en Islande : femelle baguée le 09/09/2018 au Fort vert/Marck (62) découverte le 25/05/2019 sur la côte orientale suite à une collision avec une surface vitrée, relâchée indemne et à nouveau contrôlée, capture par un bagueur, le 22/07/2019 à une vingtaine de km de sa précédente capture !
femelle de Fauvette à tête noire, septembre 2015 Moeze (17)

Rédacteur: Romain Provost



mercredi 18 septembre 2019

Retour de l'Assemblée Générale d'EURING 2019

Le CRBPO était représenté par Pierre-Yves Henry et Olivier Dehorter à l’assemblée générale de l’Union Européenne des Centres de Baguage (EURING), qui s’est tenue du 10 au 13 septembre 2019 à Zrenjanin  (Serbie), organisée par le centre de baguage serbe. Voici les principales nouvelles.

La conception de l'atlas européen sur les migrations d’oiseaux est en cours (voir l'article dédié sur l'annonce de cet atlas). Ces données sont transmises par les centres européens et archivées dans la EURING Databank (presque 21 millions de données). Vous trouvez la description des différents volets de cet atlas, et l'avancement du projet, sur la page dédiée du site d'EURING. Il est à noter que seules les études par télémétrie présentes dans Movebank seront invitées à contribuer à l'atlas. C'est donc un bénéfice collatéral de l'obligation en France d'archiver les données de télémétrie via Movebank. La rédaction des 300 monographies de cet atlas a été confiée à 4 auteurs principaux, dont un lot attribué à Frédéric Jiguet. Ce développement de l'atlas a été le thème principal de cette assemblée générale. Au fur et à mesure que des nouvelles sont diffusées, nous les transmettrons par ce blog.

Le nombre de centres de baguage rejoignant EURING a augmenté avec la création de centres en Bosnie-Herzégovine et en Albanie.

Pierre-Yves Henry a été élu comme membre du bureau d'EURING

L'organisation de l'Assemblée Générale d'EURING en 2021 a été confiée au CRBPO. Nous allons prochainement faire appel au réseau des bagueurs pour identifier un lieu qui serait propice à cet évènement. Cela ne pourra pas être au Muséum National d'Histoire Naturelle pour des raisons de coûts de l'hébergement et la restauration.

Rédacteur: Pierre-Yves Henry

mercredi 14 août 2019

Les passereaux communs sont plus grands les années chaudes - sauf dans les sites les plus chauds de France


L'effet des anomalies de température dépend du climat (Dubos et al. 2019: Fig. 1)


Plus les animaux évoluent dans un environnement chaud, plus leur taille est petite. Cette relation, issue des gradients latitudinaux de taille, est connue comme la règle de Bergmann. Il a été proposé que cette règle s’applique également aux effets du réchauffement climatique : plus le climat d’une région se réchauffe, plus la taille des animaux diminue (Gardner et al. 2011). Ce constat est controversé (Siepielski et al. 2019), et semble issu essentiellement d’études dans des régions chaudes. Les recherches de Nicolas Dubos ont porté sur l’examen de cette hypothèse sur les oiseaux de région tempérée, à partir des relevés biométriques collectés dans le cadre du Suivi Temporel des Oiseaux Communs par Capture en France (doctorat financé par le LabEx BCDiv). Une précédente étude avait déjà montré que la règle de Bergmann ne s’applique pas aux oiseaux communs de France (Dubos et al. 2018, voir le post correspondant), puisque la relation moyenne, sur l’ensemble des espèces analysées est à l’opposé: plus un printemps est chaud, plus les jeunes sont grands. Nicolas a alors cherché à affiner notre compréhension de cette relation, et les résultats viennent de paraître (Dubos et al. 2019). L’hypothèse proposée est que les printemps chauds seraient contraignants pour la reproduction et la croissance (et se traduiraient par une réduction de la taille des jeunes, cf. règle de Bergmann) uniquement dans les populations exposées à des climats chauds. Les autres populations seraient en fait en-dessous de leur optimum thermique, et les printemps chauds seraient favorables à la reproduction et la croissance. Or en France, nous avons justement la transition entre des régions climatiques tempérées (climats océanique et continental) et le sud de la France qui se caractérise par des températures élevées et des sécheresses estivales. Cette hypothèse a été testée sur les mesures de longueur d’aile de 34101 juvéniles, de 9 espèces d’oiseaux, sur 15 années, provenant de 204 stations STOC Capture. Le principe a été de tester si l’effet sur la longueur d’aile des anomalies locales de température printanière dépend de la température moyenne du site d’étude. Cela revient à tester l’hypothèse qu’une anomalie de +2°C n’a pas le même effet dans un site chaud que dans un site froid. Et les résultats soutiennent l’hypothèse proposée : globalement, les ailes de jeunes sont plus grandes lors des printemps chauds (comme dans Dubos et al. 2018). Mais dans les populations les plus chaudes d’au moins 4 espèces (Mésange à longue queue, Merle noir, Fauvette à tête noire, Fauvette grisette), ces printemps chauds sont accompagnés d’une réduction de la taille des jeunes. Ces résultats indiquent que, en zone tempérée, la reproduction des oiseaux est contrainte surtout par le froid, et éventuellement par le chaud pour les populations en limite chaude de leur aire de répartition. Ces résultats sont d’ailleurs parfaitement cohérents avec les résultats obtenus sur les tailles des populations d’oiseaux communs (abondance): plus une population est proche de la limite chaude de son aire de répartition, plus son abondance décline ; inversement, plus une population est proche de la limite froide, plus son abondance augmente (Jiguet et al. 2010). Des constats similaires ont été obtenus pour les limites d’aire de répartition, l’avancement de la reproduction (décalage phénologique) et le succès de reproduction (discuté par Dubos et al. 2019). Ainsi, l’effet du réchauffement climatique n’est pas homogène dans l’espace, et il devrait être contraignant surtout pour les populations se maintenant dans des climats déjà chauds.

Pour en savoir plus, lisez l'article: 

Dubos, N., O. Dehorter, and P.-Y. Henry / I. Le Viol. 2019. Thermal constraints on body size depend on the population position within the species’ thermal range in temperate songbirds. Global Ecology and Biogeography 28:96–106.


Références citées: 
Dubos, N., I. Le Viol, A. Robert, C. Téplitsky, M. Ghislain, O. Dehorter, R. Julliard, and P.-Y. Henry. 2018. Disentangling the effects of spring anomalies in climate and net primary production on body size of temperate songbirds. Ecography 41:1319–1330.
Gardner, J. L., Peters, A., Kearney, M. R., Joseph, L., & Heinsohn, R. 2011. Declining body size: A third universal response to warming? Trends in Ecology and Evolution, 26, 285–291.
Jiguet, F., Devictor, V., Ottvall, R., Van Turnhout, C., Van der Jeugd, H., & Lindström, A. 2010. Bird population trends are linearly affected by climate change along species thermal ranges. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, 277, 3601–3608.
Siepielski, A. M., M. B. Morrissey, S. M. Carlson, C. D. Francis, J. G. Kingsolver, K. D. Whitney, and L. E. B. Kruuk. 2019. No evidence that warmer temperatures are associated with selection for smaller body sizes. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences 286:20191332.

Rédacteur: Pierre-Yves Henry

jeudi 8 août 2019

Hypothèses et résultats de suivi de la plus longue migration: le cas de la Sterne arctique

Voici le résumé d'un article qui vient de sortir sur le plus grand migrateur au monde : la Sterne arctique (Alerstam et al. 2019).

Sterne arctique (Source: Wikimedia)
La Sterne arctique Sterna paradisaea effectue la plus longue migration annuelle connue sur Terre, se déplaçant entre les sites de reproduction dans les régions arctiques et tempérées du nord et les zones de mue de la banquise de l'Antarctique. Salomonsen (1967, Biologiske Meddelelser, Copenhague Danske Videnskabernes Selskabernes Selskab, 24, 1) a proposé une hypothèse de ce modèle de migration globale, suggérant que la distribution de nourriture, les régimes de vent, la distribution de glace de mer et les habitudes de mue sont des déterminants écologiques et évolutionnaires clés. Nous avons utilisé des géolocalisateurs légers pour enregistrer 12 voyages annuels de huit individus de sternes arctiques se reproduisant dans la mer Baltique. Les cycles de migration ont été évalués à la lumière des hypothèses de Salomonsen et comparés aux résultats des études de géolocalisation des populations de sternes arctiques du Groenland, des Pays-Bas et de l'Alaska. Les sternes de la Baltique ont effectué un circuit migratoire annuel de 50 000 km, exploitant des régions océaniques à forte productivité dans l'Atlantique Nord, le courant de Benguela et l'océan Indien entre l'Afrique australe et l'Australie (incluant parfois la mer Tasmanie). Elles sont arrivées vers le 1er novembre dans la zone antarctique à des longitudes très lointaines vers l'est (dans un cas même à la mer de Ross) et se sont ensuite déplacées vers l'ouest sur 120-220 degrés de longitude vers la région de la mer de Weddell. Elles sont reparties à la mi-mars pour une migration printanière rapide dans l'océan Atlantique. Les données du géolocalisateur ont révélé une ségrégation inattendue dans le temps et l'espace entre les populations de sternes sur la même voie de migration. Les sternes de la Baltique et des Pays-Bas ont voyagé plus tôt et à des longitudes est nettement plus orientales dans l'océan Indien et la zone antarctique que les sternes du Groenland. Nous suggérons une explication adaptative de cette tendance. Le système global de migration de la sterne arctique offre une possibilité extraordinaire de comprendre les valeurs adaptatives et les contraintes des cycles de vie pélagiques complexes, déterminées par les conditions environnementales (productivité marine, configuration des vents, trajectoires de basse pression, distribution de la banquise), les facteurs inhérents (performances de vol, mue, agrégation) et les effets des prédateurs/pirates et des concurrents."
Localisation des sternes arctiques baltes au cours du cycle annuel (Alerstam et al. 2019)

Référence:
Alerstam, T., J. Bäckman, J. Grönroos, P. Olofsson, and R. Strandberg. (2019). Hypotheses and tracking results about the longest migration: The case of the arctic tern. Ecology and Evolution (online).

Rédacteur: Olivier Dehorter

mercredi 12 juin 2019

L'interface d'exploration des données de baguage mise à jour: CRBPOData v2.0 est en ligne

Depuis 2017, tout le monde peut explorer les données de baguage et de mouvements d’oiseaux concernant la France grâce à l’interface dédiée ‘CRBPOData’: https://crbpodata.mnhn.fr/
Une version 2.0 vient d’être mise en ligne, grâce au soutien de la Direction des Systèmes d'Information du Muséum. Cette version tient compte des suggestions d’amélioration qui vous nous avez transmises. Les nouveautés majeures sont :
  • La possibilité de faire des recherches sur plusieurs espèces et/ou sur plusieurs aires géographiques simultanément.
  • La possibilité de sélectionner des mois de l’année de manière exclusive. Cela permet de n’avoir à l’affichage, par exemple, que les données du printemps et de l'hiver, et ainsi de révéler les trajectoires reliant des aires de reproduction à des aires d’hivernages. De la même façon, cela permet d’explorer les changements d’aires d’hivernage (en ne faisant afficher que les données collectées en hiver ; cf. figure).
  • Sur les cartes avec trajectoires, il est possible d’obtenir des informations détaillées en cliquant sur la trajectoire avec la souris (cf. figure). Vous visualisez alors les points de marquage et de contrôle / reprise. En cliquant sur chacun d’eux, vous avez alors la date, le sexe et l’âge de l’oiseau qui s’affichent (et l’espèce, si vous avez fait une recherche sur plusieurs espèces). Par contre, ces détails ne s’affichent que si il y a moins de 1000 trajectoires retournées par la requête.
Mouvements entre aires d'hivernage (Déc.-Févr.) pour le Sizerin flammé
Pour plus de détails sur les fonctionnalités de CRBPOData, consultez le précédent post sur le blog et/ou l’article dédié sur le site du CRBPO.

N’hésitez pas à diffuser largement dans vos réseaux !

Ce site ne pourrait exister sans le travail de milliers de bagueurs français (bénévoles comme professionnels), sans l'implication des ornithologues et sans la participation des particuliers qui communiquent plusieurs milliers d'observations ou de reprises d'oiseaux bagués chaque année.
Un immense merci à tous !

Bonnes explorations de données.

Rédacteurs: Olivier Dehorter et Pierre-Yves Henry