Une étude récemment publiée dans la
revue Bird
Study analyse l’utilisation des zones humides par le Phragmite des
joncs (Acrocephalus
schoenobaenus) lors de sa migration post-nuptiale le long de la
voie de migration est-atlantique, depuis le nord de la France jusqu’à la façade
espagnole du golfe de Gascogne.
Basée sur l’analyse de 32 années de données, impliquant 28 sites de baguage et 7 149 individus capturés au moins deux fois au cours d’une même saison sur un même site, cette étude examine la variation du taux de dépôt des réserves énergétiques (fuel deposition rate, FDR) au cours des haltes migratoires.
Figure 1. Localisation des 28 zones
humides disposant d’au moins 10 données de capture–recapture de Phragmites des
joncs au cours d’une même année, utilisées pour estimer le taux de dépôt des
réserves énergétiques lors de la migration post-nuptiale (août) le long des
façades atlantiques de la France et du nord de l’Espagne.
Les analyses montrent en
particulier que le FDR est principalement associé à l’âge, à la masse
corporelle initiale mesurée lors de la première capture et à la latitude. Le
taux de dépôt des réserves énergétiques décroît avec l’augmentation de la masse
corporelle initiale. Une interaction significative entre l’âge et la latitude
met en évidence des patrons contrastés entre classes d’âge : chez les oiseaux
de première année, le FDR diminue avec la latitude (c’est-à-dire augmente du
nord vers le sud), tandis que chez les adultes la relation avec la latitude est
proche de zéro, indiquant des taux relativement stables le long de la voie de
migration. La différenciation spatiale des performances entre sites de halte
apparaît globalement faible, et les variables décrivant la structure des
habitats expliquent une part limitée de la variabilité observée.
Figure 2. Gauche :
effet prédit (± intervalle de confiance à 95 %) de la masse corporelle initiale
lors de la première capture sur le taux de dépôt des réserves énergétiques.
Droite :
effet prédit (± intervalle de confiance à 95 %) de la latitude sur le taux de
dépôt des réserves énergétiques en fonction de l’âge.
Dans une perspective de biologie de la
conservation, ces résultats révèlent que les modalités de
reconstitution des réserves énergétiques au cours de la migration post-nuptiale
s’inscrivent dans un fonctionnement à l’échelle d’un réseau étendu
et connecté de zones humides, avec une faible part de variance
attribuable aux différences entre sites. Ils soulignent ainsi l’importance de
la connectivité
fonctionnelle des habitats de halte pour permettre l’expression
de stratégies migratoires flexibles, et appuient des approches de conservation
privilégiant la continuité des zones humides à l’échelle des voies de
migration, plutôt qu’une focalisation exclusive sur quelques sites isolés.
Ce travail illustre pleinement
l’apport du réseau
du CRBPO à la biologie de la conservation, en mobilisant une
part substantielle des données issues de la base nationale de baguage
collectées dans le cadre du suivi de la migration post-nuptiale des passereaux
paludicoles. La structuration spatiale du réseau, combinée à la continuité
temporelle des suivis sur le long terme, offre un cadre particulièrement adapté
à l’analyse de stratégies de migration et à l’évaluation du rôle fonctionnel
des réseaux
de sites de halte exploités par les oiseaux.
Pour en savoir plus : Musseau
R., Collet L., Zorrozua N., Bargain B., Dugué H., Provost P., Chartier A.,
Unamuno E., Dehorter O., Fontanilles P., Henry P.-Y. & Arizaga J. (2025). Evaluation of the use of the Atlantic flyway in
northern France and the Bay of Biscay by a reedbed specialist bird during the
autumn migration. Bird
Study. https://doi.org/10.1080/00063657.2025.2596396
Rédacteur :
Raphaël Musseau, BioSphère Environnement.


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