jeudi 19 mars 2026

Migration du Phragmite des joncs et connectivité des zones humides le long de la voie de migration est-atlantique

 

Une étude récemment publiée dans la revue Bird Study analyse l’utilisation des zones humides par le Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus) lors de sa migration post-nuptiale le long de la voie de migration est-atlantique, depuis le nord de la France jusqu’à la façade espagnole du golfe de Gascogne.

 

Basée sur l’analyse de 32 années de données, impliquant 28 sites de baguage et 7 149 individus capturés au moins deux fois au cours d’une même saison sur un même site, cette étude examine la variation du taux de dépôt des réserves énergétiques (fuel deposition rate, FDR) au cours des haltes migratoires. 


Figure 1. Localisation des 28 zones humides disposant d’au moins 10 données de capture–recapture de Phragmites des joncs au cours d’une même année, utilisées pour estimer le taux de dépôt des réserves énergétiques lors de la migration post-nuptiale (août) le long des façades atlantiques de la France et du nord de l’Espagne.


Les analyses montrent en particulier que le FDR est principalement associé à l’âge, à la masse corporelle initiale mesurée lors de la première capture et à la latitude. Le taux de dépôt des réserves énergétiques décroît avec l’augmentation de la masse corporelle initiale. Une interaction significative entre l’âge et la latitude met en évidence des patrons contrastés entre classes d’âge : chez les oiseaux de première année, le FDR diminue avec la latitude (c’est-à-dire augmente du nord vers le sud), tandis que chez les adultes la relation avec la latitude est proche de zéro, indiquant des taux relativement stables le long de la voie de migration. La différenciation spatiale des performances entre sites de halte apparaît globalement faible, et les variables décrivant la structure des habitats expliquent une part limitée de la variabilité observée.


Figure 2. Gauche : effet prédit (± intervalle de confiance à 95 %) de la masse corporelle initiale lors de la première capture sur le taux de dépôt des réserves énergétiques.
Droite : effet prédit (± intervalle de confiance à 95 %) de la latitude sur le taux de dépôt des réserves énergétiques en fonction de l’âge.

 

Dans une perspective de biologie de la conservation, ces résultats révèlent que les modalités de reconstitution des réserves énergétiques au cours de la migration post-nuptiale s’inscrivent dans un fonctionnement à l’échelle d’un réseau étendu et connecté de zones humides, avec une faible part de variance attribuable aux différences entre sites. Ils soulignent ainsi l’importance de la connectivité fonctionnelle des habitats de halte pour permettre l’expression de stratégies migratoires flexibles, et appuient des approches de conservation privilégiant la continuité des zones humides à l’échelle des voies de migration, plutôt qu’une focalisation exclusive sur quelques sites isolés.

 

Ce travail illustre pleinement l’apport du réseau du CRBPO à la biologie de la conservation, en mobilisant une part substantielle des données issues de la base nationale de baguage collectées dans le cadre du suivi de la migration post-nuptiale des passereaux paludicoles. La structuration spatiale du réseau, combinée à la continuité temporelle des suivis sur le long terme, offre un cadre particulièrement adapté à l’analyse de stratégies de migration et à l’évaluation du rôle fonctionnel des réseaux de sites de halte exploités par les oiseaux.

 

Pour en savoir plus : Musseau R., Collet L., Zorrozua N., Bargain B., Dugué H., Provost P., Chartier A., Unamuno E., Dehorter O., Fontanilles P., Henry P.-Y. & Arizaga J. (2025). Evaluation of the use of the Atlantic flyway in northern France and the Bay of Biscay by a reedbed specialist bird during the autumn migration. Bird Study. https://doi.org/10.1080/00063657.2025.2596396

 

Rédacteur : Raphaël Musseau, BioSphère Environnement.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire