jeudi 16 octobre 2025

📢 Information fonctionnement du CBRPO suite à la cyberattaque du Muséum

(Cet article sera mis à jour régulièrement avec les dernières informations)

🔄 Mises à jour : 02/12/2025

Chères bagueuses, chers bagueurs,

Suite à la cyberattaque ayant touché le Muséum, nous souhaitons vous informer de la situation et de ses conséquences sur nos activités.

Cet article est dĂ©sormais sur le site internet officiel du CRBPO: 

https://crbpo.mnhn.fr/actualites/messages/article/information-fonctionnement-du-cbrpo-suite-a-la-cyberattaque-du-museum



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🙏 Merci pour votre compréhension et votre patience durant cette période.

L’Ă©quipe du CRBPO


mardi 14 octobre 2025

Nouvelle thèse : quels sont les liens entre migration, reproduction et démographie des passereaux migrateurs ?


Les oiseaux migrateurs sont parmi les oiseaux qui subissent les plus forts dĂ©clins de population en Europe (Vickery et al., 2023). L’Ă©tude des effets du changement climatique, de la dĂ©gradation de leurs habitats et de l’intensification agricole sur l’ensemble de leur cycle de vie pourrait ainsi permettre de mieux comprendre les causes de ce dĂ©clin.


Une première Ă©tude de stage de Master 2 multi-sites et multi-espèces des donnĂ©es de baguage pour le suivi de la migration post-nuptiale a permis de montrer une rĂ©ponse de l’Ă©talement temporel des passages migratoires aux variations de tempĂ©rature sur les zones de reproduction des passereaux communs. Cette plasticitĂ© de la phĂ©nologie de la migration est conditionnĂ©e par la distance migratoire : les migrateurs transsahariens ont une plasticitĂ© moindre que les migrateurs de courte distance (figure 1). De plus, cette rĂ©ponse phĂ©nologique aux variations de tempĂ©rature de reproduction dĂ©pend de la spĂ©cialisation thermique des espèces : plus une espèce est borĂ©ale, plus la rĂ©ponse de variabilitĂ© dans la phĂ©nologie de migration est intense (figure 2). Enfin, la plasticitĂ© phĂ©nologique de la migration semble ĂŞtre influencĂ©e par la stratĂ©gie de reproduction.


Figure 1 : Effet de la distance de la migration sur l’Ă©talement phĂ©nologique de migration en rĂ©ponse aux variations de tempĂ©rature de reproduction (rĂ©sultats prĂ©liminaires).



Figure 2: Effet de la niche thermique de reproduction sur l’Ă©talement phĂ©nologique de migration en rĂ©ponse aux variations de tempĂ©rature de reproduction (rĂ©sultats prĂ©liminaires)

Ces résultats appellent donc à évaluer les imbrications des effets environnementaux sur le cycle de vie des passereaux migrateurs : quels sont les effets des changements globaux aux différentes étapes et régions du cycle de vie des migrateurs ? Et ainsi quels sont les impacts démographiques à long terme de ces réponses des oiseaux aux perturbations ?

Pour mieux comprendre ces enjeux de conservation, Maud MENNERAT a dĂ©butĂ© en octobre 2025 une thèse intitulĂ©e “DĂ©mographie et phĂ©nologie de la migration des oiseaux : Discerner les effets croisĂ©s des changements globaux sur les passereaux europĂ©ens.” co-encadrĂ©e par Alexandre ROBERT (MNHN-CESCO), Romain Lorrrillière (MNHN-CESCO/CRBPO), Manon GHISLAIN (MNHN-PatriNat) et Armelle Lajeunesse (MNHN-PatriNat), cette thèse bĂ©nĂ©ficie d’un financement obtenu au concours de l'Ecole Doctorale 'Sciences de la nature et de l'Homme : Ă©volution et Ă©cologie' du MusĂ©um


Afin de mieux comprendre le cycle de vie des passereaux migrateurs, les donnĂ©es des protocoles de baguage PHENO et SEJOUR depuis 2014 seront exploitĂ©es pour Ă©tudier la migration, et les donnĂ©es de baguage europĂ©ennes EuroCES (Robinson, et al., 2009) pour la reproduction, Ă©quivalents europĂ©ens du STOC capture français, sur l’ensemble de l’aire de rĂ©partition des oiseaux observĂ©s en migration Ă  travers la France.


Il s’agira dans un premier temps d’Ă©tudier la phĂ©nologie des migrations post et prĂ©nuptiales en rĂ©ponse aux perturbations, puis de comparer les variations de structures d’âges entre suivis de reproduction et les suivis de migration afin de dĂ©terminer le taux de survie juvĂ©nile et la qualitĂ© du passage migratoire. Enfin, ces paramètres de phĂ©nologie et voie de migration, de reproduction et de survie seront inclus dans un modèle intĂ©grĂ© de dynamique des populations qui permettra d’Ă©tudier le cycle de vie des passereaux migrateurs Ă  travers la France en prenant en compte la complexitĂ© spatio-temporelle des pressions environnementales. 


Maud reste donc Ă  l’Ă©coute de vos retours de terrain sur la phĂ©nologie de migration et la dĂ©mographie des espèces d’oiseaux baguĂ©s.



Maud (très) concentrée avec un pipit des arbres.




RĂ©fĂ©rences bibliographiques : 


Vickery, J. A., Mallord, J. W., Adams, W. M., Beresford, A. E., Both, C., Cresswell, W., Diop, N., Ewing, S. R., Gregory, R. D., Morrison, C. A., Sanderson, F. J., Thorup, K., van Wijk, R. E., & Hewson, C. M. (2023). The conservation of Afro-Palaearctic migrants: What we are learning and what we need to know? In Ibis (Vol. 165, Issue 3, pp. 717–738). John Wiley and Sons Inc. https://doi.org/10.1111/ibi.13171


Robinson, R. A., Julliard, R., & Saracco, J. F. (2009). Constant effort: Studying avian population processes using standardised ringing. Ringing and Migration, 24(3), 199–204. https://doi.org/10.1080/03078698.2009.9674392





jeudi 28 août 2025

Arrivée au CRBPO: Moana Grysan, coordinateur et appui aux suivis des espèces chassables

 

Moana Grysan a pris ses fonctions au CRBPO en mars 2025, en tant que chargĂ© de mission "Coordination et appui au suivi des espèces chassables par marquage". Cette crĂ©ation de poste est l’aboutissement d’un rapprochement constructif entre la FĂ©dĂ©ration Nationale des Chasseurs et le MusĂ©um national d’Histoire naturelle, conclu par une convention de collaboration pour 2025-2026. Le projet, intitulĂ© Avimark, est pilotĂ© par la FĂ©dĂ©ration nationale des Chasseurs (https://www.chasseurdefrance.com/oiseaux-deplacements/) et financĂ© par l’OFB via le fond d’Ă©cocontribution nationale (https://www.ofb.gouv.fr/le-programme-ecocontribution).


L’objectif d’Avimark est double :

  1. promouvoir la collecte et le partage de donnĂ©es de marquages/contrĂ´les/reprises par et avec les acteurs cynĂ©gĂ©tiques ; 
  2. promouvoir et accompagner l’implication des acteurs cynĂ©gĂ©tiques dans les suivis d’espèces chassables par marquage (baguage et/ou tĂ©lĂ©mĂ©trie). 

La FĂ©dĂ©ration DĂ©partementale des Chasseurs de Meurthe et Moselle, qui emploie Moana Grysan depuis 2012, a acceptĂ© de le mettre Ă  disposition de ce projet (Ă  mi-temps). Moana Grysan est donc intĂ©grĂ© Ă  l’Ă©quipe du CRBPO pour la mise en Ĺ“uvre, la consolidation et le dĂ©veloppement de ce rapprochement, qui peut ĂŞtre considĂ©rĂ© comme historique entre les acteurs du projet.


Les principales missions de Moana Grysan sont :

  • la promotion de la collecte et la gestion des reprises de bagues d'oiseaux prĂ©levĂ©s Ă  la chasse,
  • la formation au baguage des acteurs cynĂ©gĂ©tiques,
  • l’accompagnement de la participation des acteurs cynĂ©gĂ©tiques aux programmes personnels portant sur des espèces chassables, ainsi que leur mobilisation pour la crĂ©ation de programmes personnels sur des espèces encore trop peu Ă©tudiĂ©es. 

Moana Grysan est bagueur généraliste depuis 2005 et il est responsable de la station de baguage de Bouligny-Arraincourt en Moselle. Il est également animateur du réseau de baguage de l'alouette des champs (SMAC) et responsable du programme personnel Alouette des champs depuis septembre 2022.

Son implication dans le réseau cynégétique et son investissement dans le réseau de baguage du CRBPO seront des atouts pour mener à bien ce projet


jeudi 21 août 2025

Migrer groupés ou chacun vers sa destination ? La connectivité migratoire est majoritaire au sein des oiseaux européens

DegrĂ©s de connectivitĂ© migratoire (Fattorini et al. 2023)  
Les oiseaux d'une population reproductrice migratrice peuvent hiverner "groupĂ©s" (c'est Ă  dire  majoritairement dans une mĂŞme aire d'hivernage restreinte) ou "dispersĂ©s" (rĂ©partis sur une très large aire d'hivernage). Mesurer cette dispersion hivernale relativement aux localisations en reproduction revient Ă  mesurer la 'connectivitĂ© migratoire' (autrement dit, la corrĂ©lation spatiale entre les positions en reproduction et en hivernage des oiseaux).

Grâce Ă  la collection unique de donnĂ©es de mouvements d'oiseaux assemblĂ©e par EURING pour produire l'Atlas de la migration des Oiseaux en Europe-Afrique (voir post dĂ©diĂ©), Fattorini et al. (2023) ont pu mener un caractĂ©risation sans prĂ©cĂ©dent du degrĂ© de connectivitĂ© de 83 espèces d'oiseaux europĂ©ens. 

La connectivité migratoire ('regroupement hivernal') apparait comme la norme, principalement du fait que les populations sont dispersées sur de larges aires géographiques. Les coûts de la migration conduisent à minimiser les distances de migration, et donc à ce que les oiseaux de différentes régions de reproduction migrent vers des régions d'hivernage au plus proche. La distance de migration moyenne par espèce ressort comme le principal déterminant du degré de connectivité migratoire: plus les aires de reproduction et d'hivernage sont proches, moins il y a de mélange, et donc plus la connectivité migratoire est élevée. Sur le même principe, plus l'aire d'hivernage est restreinte, plus la connectivité est élevée. Les autres caractéristiques biologiques ou phylogénétiques des espèces expliquent peu les différences de connectivité migratoire entre espèce, rappelant la forte labilité du comportement migratoire (les conditions écologiques rencontrées par les populations reproductrices sont plus influentes que les propriétés moyennes des espèces).

Cette comprĂ©hension approfondie de la connectivitĂ© migratoire est importante pour la conservation: plus la connectivitĂ© migratoire est forte, plus la majoritĂ© des individus d'une espèce sont dĂ©pendants de conditions spĂ©cifiques, gĂ©ographiquement localisĂ©es, tant sur leurs aires de reproduction et d'hivernage. Plus une espèce est regroupĂ©e sur une aire restreinte, plus nous sommes en capacitĂ© d'agir sur la prĂ©servation de ses habitats. Plus elle est dispersĂ©e, moins il est possible d'avoir une action ciblĂ©e, mais Ă©galement moins il y a de risque d'une exposition de l'ensemble de l'espèce Ă  des menaces fortes et localisĂ©es ("tous les oeufs ne sont pas mis dans le mĂŞme panier").

Cette Ă©tude a Ă©tĂ© possible grâce Ă  l'ensemble des donnĂ©es de baguage collectĂ©es sur le siècle passĂ© au travers de l'Europe et l'Afrique, collectĂ©es majoritairement par les bagueur.se.s bĂ©nĂ©voles et citoyen.ne.s transmettant leurs observations d'oiseaux baguĂ©s. Pour la France, le CRBPO transmet ces donnĂ©es annuellement Ă  la base de donnĂ©es europĂ©enne (EURING Data Bank), source de cette Ă©tude. 

Pour en savoir plus:

Fattorini, N., Costanzo, A., Romano, A., Rubolini, D., Baillie, S., Bairlein, F., Spina, F., & Ambrosini,         R. (2023). Eco-evolutionary drivers of avian migratory connectivity. Ecology Letters 26: 1095-1107

Rédacteur: Pierre-Yves Henry

mercredi 16 octobre 2024

Les passereaux migrateurs paludicoles fréquentent les champs de maïs... mais qu'y font-ils ?

Filet de capture dans un champ de maĂŻs
Les habitats des zones humides ont connu une rĂ©duction et une fragmentation dramatiques, en raison des activitĂ©s humaines telles que l'urbanisation et l'agriculture. Aujourd'hui, les oiseaux, en tant qu'indicateurs de la biodiversitĂ© de ces habitats, doivent se reproduire, hiverner ou faire une halte migratoire dans ces zones humides fortement altĂ©rĂ©es.  Ils doivent concentrer leurs activitĂ©s dans des habitats reliques (cas ici des roselières humides), des habitats suboptimaux (roselière sèche) ou dans leur environnement tels que les champs agricoles (maĂŻs en agriculture raisonnĂ©e).
Dans une vaste zone humide situĂ©e au sud-ouest de la France (400 ha, Barthes de la Nive, 64, Fig. 1), situĂ©e sur une voie importante de migration, nous avons testĂ© si l'abondance des espèces de passereaux diffère d'un habitat Ă  l'autre (roselière humide vs roselière sèche ou maĂŻs) en fonction de leur spĂ©cialisation dans les habitats aquatiques (espèces aquatiques vs gĂ©nĂ©ralistes) et leur stratĂ©gie migratoire (migrateurs vs rĂ©sidents). Nous voulions identifier les mĂ©canismes sous-jacents des variations observĂ©es en examinant : la disponibilitĂ© des arthropodes dans chaque habitat, le rĂ©gime alimentaire de cinq espèces d'oiseaux insectivores, et la capacitĂ© d’engraissement des oiseaux. Nous avons mis en place un protocole standard de capture sur les trois sites en 2015 et 2016 (Fig. 1). Les rĂ©sultats de cette Ă©tude ont Ă©tĂ© publiĂ©s rĂ©cemment (Fontanilles et al. 2024).

Figure 1. Zone d’Ă©tude des Barthes de la Nive (64) avec les 4 sites de captures et la carte de vĂ©gĂ©tation.


Les cultures de maĂŻs ont accueilli plus d’abondance et de biomasse d'invertĂ©brĂ©s que les roselières pour les colĂ©optères, les diptères, les aranĂ©ides et les cicadellidĂ©s. Cela peut expliquer pourquoi ces cultures ont Ă©tĂ© utilisĂ©es par une large diversitĂ© de passereaux :  aquatiques (Gorgebleue Ă  miroir, Phragmite des joncs, Rousserolle effarvatte), migrateurs non aquatiques (Pouillot fitis, Rossignol philomèle) ou des gĂ©nĂ©ralistes locaux (Rouge-gorge, MĂ©sange bleue, MĂ©sange charbonnière, Fig.2). Le rĂ©gime alimentaire de la Gorgebleue, espèce aquatique gĂ©nĂ©raliste, Ă©tait composĂ© principalement de Formicidae qu’elle a trouvĂ© aussi bien dans chaque habitat.
Malgré la disponibilité de nourriture dans les champs de maïs, les oiseaux spécialistes des milieux aquatiques ont été plus abondants dans les roselières : la Bouscarle de Cetti se nourrissant principalement d'Araneidae et de Cicadellidae ; la Rousserolle effarvatte de pucerons et coléoptères.
Les roselières sèches ont été plus utilisées par la Locustelle tachetée, qui se nourrit de Formicidae. Phragmite des joncs et Rousserolle effarvatte étaient plus abondantes dans les roselières humides (Fig.2). Cependant pour cette dernière espèce, nous avons constaté que les jeunes engraissaient aussi dans les champs de maïs.
Figures 2.  Indice d'abondance de chaque site pour les groupes d'espèces et les espèces : trans (espèces migratrices transsahariennes) ; aquatique (espèces aquatiques) ; terr (espèces terrestres) ; loc (local = rĂ©sident). Les sites sont MaĂŻs U (Mu), MaĂŻs V (Mv), Roselière sĂ©che Dry-reedbed (Dr), Roselière humide Wet-reedbed  (Wr). Les diagrammes en boĂ®te montrent la mĂ©diane (ligne grasse), le premier et le troisième quartile sous forme de boĂ®te, les moustaches reprĂ©sentent 1,5*l'intervalle interquartile et les valeurs aberrantes sous forme de points. La ligne horizontale en haut du graphique reprĂ©sente le test entre deux sites avec des valeurs p significatives * p < 0,05, ** p < 0,01, *** p < 0,01.

Par consĂ©quent, la stratĂ©gie d'utilisation des cultures de maĂŻs est diffĂ©rente selon la spĂ©cialitĂ© et le statut des espèces. Les rĂ©sidentes gĂ©nĂ©ralistes peuvent s’y dĂ©placer en continuitĂ© de la vĂ©gĂ©tation et/ou y rechercher de la nourriture. Les migrateurs ayant besoin de se ravitailler peuvent aussi la frĂ©quenter, mais les transsahariens aquatiques restent plus abondants dans la roselière. La culture de maĂŻs offre des ressources alimentaires et des abris appropriĂ©s pour certaines d'espèces. Elle peut ĂŞtre un habitat complĂ©mentaire dans l’environnement proche des roselières humides et sèches, mais pas un substitut. Notre Ă©tude confirme la nĂ©cessitĂ© de conserver et Ă©tendre les roselières (menacĂ©es de fermeture) et une culture du maĂŻs sans insecticide, rĂ©coltĂ©e après la mi-octobre Ă  la fin de la migration des insectivores.
 

Pour en savoir plus, lire: 
 
 
Rédaction: Philippe Fontanilles