mardi 24 mai 2016

Epidémiologie de la fistule orale... appel aux observations !

La fistule orale est une aberration anatomique consistant en une mandibule inférieure avec une absence partielle de muscle et de peau, la langue se trouvant alors à l'extérieur de la cavité buccale. Cette déformation a été décrite pour la première fois chez le Vautour fauve (Camiña and Guerrero 2013), puis chez deux oiseaux marins (la Sterne fuligineuse Onychoprion fuscatus, Reynolds et al. 2009, Fig. 1, et le Fou masqué Sula dactylatra, Hughes et al. 2013).
James Reynolds lance une enquête épidémiologique sur cette aberration anatomique. N'hésitez pas à lui transmettre vos observations à l'aide du formulaire dédié, que vous trouverez sur le site du CRBPO.
Pour plus d'information, contactez James Reynolds (Centre for Ornithology, University of Birmingham, GB): J.Reynolds.2@bham.ac.uk

Fistule orale sublinguale chez une Sterne fuligineuse (Photographie de J. Reynolds, issue de Reynolds et al. 2009)

mardi 10 mai 2016

Suivi à long terme et actions de conservation de l’Aigle de Bonelli en France.


La conservation des espèces menacées par les activités humaines consiste à favoriser la reprise de la croissance des populations en limitant l’impact des différentes menaces sur la survie ou la reproduction des individus. Face à la complexité des processus écologiques et l’urgence d’agir dans un contexte de ressources financières limitées, une évaluation des bénéfices des actions mises en œuvre est nécessaire pour permettre une gestion efficace des populations menacées. L’aigle de Bonelli est un bon exemple d’espèce menacée bénéficiant depuis plusieurs décennies de mesures de gestion conservatoire. Elle fait aussi l’objet d’un programme de baguage ininterrompu depuis  1990 qui a permis de baguer environ 95% des poussins nés en France depuis cette date (Ponchon & Ravayrol 2015). Enfin, un effort très important de relecture des bagues est assuré plus particulièrement depuis 1995. L’électrocution des aigles sur les pylônes électriques a rapidement été identifiée comme une cause de déclin majeure pour l’espèce. Ceci a conduit à partir de 1997 à la mise en œuvre d’actions visant à la neutralisation des pylônes dangereux à la fois sur les territoires de reproduction connus mais aussi dans les zones d’erratisme de l’espèce. Si l’impact positif de telles mesures de neutralisation sur la dynamique des populations d’oiseaux n’avait jusqu’alors jamais été montré au niveau international, des travaux se basant sur les données du programme de CMR sur l’Aigle de Bonelli en France ont pu évaluer les bénéfices obtenus par ces actions. Un premier travail a permis de vérifier la forte diminution des taux de mortalité par électrocution et l’augmentation globale de la survie des aigles à partir de 1997 (Chevallier et al. 2015), un second travail a permis de montrer  que l’augmentation observée du nombre de couples reproducteurs en France depuis les années 2000 était effectivement expliquée par cette action de conservation bien que la population d’aigles du Sud de la France soit encore soutenue par un renfort d’immigrants venus d’Espagne (Lieury et al. 2016). Ces travaux montrent l’importance des efforts de suivis individuels menés sur le long terme pour montrer les bénéfices réels des actions menées sur le terrain et tenter de les améliorer encore.

Par Nicolas Lieury, Alexandre Million, Aurélien Besnard, Alain Ravayrol et Cécile Ponchon.


Pour plus de détails (les articles sont disponibles dans la section Bibliographique / Programmes personnels du site du CRBPO):

Chevallier, C., A. Hernández-Matías, J. Real, N. Vincent-Martin, A. Ravayrol, & A. Besnard. 2015. Retrofitting of power lines effectively reduces mortality byelectrocution in large birds: An example with the endangered Bonelli’s eagle. Journal of Applied Ecology 52:1465–1473. 

Lieury, N., A. Besnard, C. Ponchon, A. Ravayrol, & A. Millon. 2016. Geographically isolated but demographically connected: immigration supports efficient conservation actions in the recovery of a range-margin population of the Bonelli’s eagle in France. Biological Conservation 195:272–278.

Ponchon, C. & Ravayrol, A. (2015). Rapaces diurnes - Aigle de Bonelli. 25 ans du programme de baguage: bilan et perspectives. Rapaces de France - L’Oiseau Magazine, Hors série n°17, 44–47.
Nombre de couples territoriaux comptés (points noirs) et nombre de couples territoriaux attendus en absence d'immigration. Ce graphique révèle l'importance majeure de l'immigration d'individus (très probablement espagnols) dans le maintien de la population française. Copie de la Figure 4 de Lieury et al. (2016) Biological Conservation.

Un site de saisie en ligne pour les gravelots à collier interrompu



Après les avocettes, c’est au tour du programme de marquage coloré des gravelots à collier interrompu en Bretagne porté par Gaétan Guyot pour Bretagne Vivante de bénéficier d’un site de saisie en ligne permettant d’identifier les gravelots bretons à partir des contrôles à distances. Ce site est accessible ici. Il permet de saisir les contrôles de gravelots à collier interrompu bagués couleurs et d’obtenir instantanément le CV de l’oiseau et de le télécharger au format pdf. Un outil développé par Arnaud Le Houédec de Bretagne Vivante dans le cadre du Plan Régional d’Action du Gravelot à collier interrompu. La péninsule bretonne accueillait environ 200 couples de gravelot à collier interrompu nicheurs en 2015 (Hémery et Guyot, 2015). Démarré en 2007 en baie d’Audierne, le programme de marquage coloré a été étendu à toute la Bretagne en 2015. 294 individus ont été bagués en 2015 et 2 646 contrôles de 347 individus différents ont été transmis jusqu’à fin 2015, avant l’ouverture du site. Toutes ces données permettront de mieux appréhender le fonctionnement de la population bretonne de gravelots à collier interrompu dans l’optique d’en assurer une meilleure conservation.


Le portail de saisie des contrôles visuels pour les Programmes Personnels du PNRO.





jeudi 17 mars 2016

EuroCES project: la base centralisée des programmes STOC-Capture européens

Dans le cadre d'EURING, les centrales nationales de baguage européennes ont mis en commun leurs données de STOC Capture (suivi de site par baguage à effort constant, Constant Effort Site en anglais) dans une base de donnée unique, appelée EuroCES (initiative coordonnée par Rob Robinson, BTO, pour EURING).
En février 2016, cette base de données contenait 2 678 414 données de capture, pour 2 111 788 individus, de 318 espèces, sur 1397 sites en Europe (9 pays), sur une durée maximale de 33 ans. Les 5 espèces les plus capturées sont la Rousserolle effarvate (210 174 données), le Pouillot fitis (191 336 données), la Fauvette à tête noire (169 566 données), la Mésange bleue (125 737 données) et le Rougegorge familier (121 308 données).
Ces chiffres sont préliminaires, plusieurs programmes n'ayant pas encore transmis leurs données (pays en jaune dans la figure ci-dessous).

Disttribution des stations "STOC Capture" en Europe dont les données sont intégrées dans la base EuroCES d'EURING (février 2016). Plus la couleur du point est foncée, plus la série temporelle est longue. Les pays en jaune sont ceux mettant en oeuvre un protocole du type du STOC Capture.



jeudi 10 mars 2016

Une nouvelle ère électronique: les GPS de 1g sont sortis !

Jusqu'à présent, les GPS étaient trop lourds pour être déployés sur les petits passereaux, rendant encore très imprécis les suivis spatiaux pour la majorité des oiseaux. Plusieurs fournisseurs viennent de mettre en vente des GPS de 1g, ce qui rend possible maintenant le suivi par télélocalisation à quelques mètres près des oiseaux d'une masse supérieure ou égale à 20-50 g (au seuil éthiquement acceptable de 3 à 5 % de la masse de l'oiseau, et en incluant la masse du harnais).

Une occasion de découvrir la liste de fournisseurs de matériel de baguage et de marquage électronique mise en ligne sur le site du CRBPO par Jérôme Fournier.


mercredi 9 mars 2016

Nouvel annuaire des Programmes personnels



Le Programme National de Recherches Ornithologiques (PNRO) permet actuellement à 134 bagueurs et/ou scientifiques de mener des recherches sur la biologie et l'écologie d'environ 250 espèces oiseaux de France métropolitaine et d’Outre-Mer (hors TAAF). Le dynamisme de la communauté française des bagueurs est illustré à travers la richesse de ces recherches, tant appliquées que fondamentales, qui portent sur des thèmes très variés tels que : alimentation, communication acoustique, conservation, dispersion, domaines vitaux, démographie et dynamique de population, écologie comportementale, écologie isotopique, écotoxicologie, génétique des populations, maladies, ontogénèse, phylogéographie, relations avec l'habitat, reproduction, systématique...



Prise de mesure biométrique sur un coq de Grand Tétras
(cliché : J.Y. Mathieux, PP821 P. Durlet, assistance M. Gauthier-Clerc)


La liste exhaustive des Programmes Personnels (PP) pilotés par les bagueurs du CRBPO compte 293 projets. Nous ne présentons dans cette liste que les projets terminés (119) et les projets actifs (174).



Les bagueurs désireux de créer un PP sont invités à consulter cet annuaire et à contacter les responsables au cas où une espèce ciblée ferait déjà l’objet d’une étude. Cet annuaire permet aussi aux responsables de programmes de mieux se connaître, d'échanger, de partager leurs expériences voire de collaborer. Cet annuaire peut intéresser les ornithologues désireux de s'informer sur les recherches actuellement menées par les bagueurs français. Enfin, les aides-bagueurs et les qualifiants pourront trouver à qui s'adresser pour s’initier à l’étude scientifique des oiseaux.

Plus d'information sur le fonctionnement des programmes personnels de recherche par capture et marquage d'oiseaux sur la page dédiée du site du CRBPO.

mardi 16 février 2016

la reprise de la semaine

Régulièrement,en fonction de ce qui nous arrive et de nos disponibilités, nous vous présentons une donnée de contrôle ou reprise de bague récente qui sort de l'ordinaire. Il peut s'agir d'une espèce pour laquelle nous n'avons que peu d'informations, d'un déplacement inhabituel ou remarquable, d'une longévité élevée etc

Record Nord-oriental pour un Bruant des roseaux 


Une jeune femelle de Bruant des roseaux porteuse d'une bague norvégienne est contrôlée le 13 décembre dernier à Chateauneuf-sur-Isère (26). Les contrôles norvégiens ne sont pas inhabituelles quoi que pas si fréquents mais la localité de baguage de cet individu se révèle remarquable puisqu'il s'agirait du record septentrional et oriental pour ce bruant en France.
Bruant des roseaux femelle
Photo : Laurent Carrier

 Cet oiseau a été capturé juvénile le 20 août 2015 à la station de baguage de Nyrud, réserve naturelle de Pasvik ,comté de Finnmark en Norvège. Cette station, distante d'un peu plus de 3000 km du lieu de contrôle français, est située en Laponie à proximité de la frontière russe (région de Mourmansk), à environ 400 kilomètres au Nord du cercle polaire arctique ! 


Synthèse cartographique des contrôles de bruant des roseaux, années 2014/2015
traits verts : contrôles de bagues françaises
traits rouges: contrôles de bagues étrangères









mercredi 10 février 2016

Le déficit en insectes, et l'excès de sucre, à l'origine du déclin des moineaux domestiques urbains ?

Le déclin rapide de certaines populations urbaines de Moineau domestique est préoccupant. En Grande-Bretagne, ça a mené à classer l'espèce sur la liste rouge des espèces menacées d'extinction. Nombre d'hypothèses ont été formulées pour expliquer les causes de ces déclins. Une d'entre elles propose que, en ville la disponibilité en insectes en période de reproduction serait réduite par rapport aux besoins de l'espèce. Un apport protéique insuffisant handicaperait la croissance des poussins, expliquant leur plus petite taille qu'en milieu rural. Cette croissance réduite pourrait s'accompagner d'une faible survie des jeunes moineaux au premier hiver en milieu urbain. Cela représenterait une fragilité démographique importante pour les populations urbaines de moineau domestique.
Cette hypothèse est explorée par Alizée Meillère et Frédéric Angelier du Centre d'Etudes Biologiques de Chizé (CEBC), en collaboration avec le programme SPOL Moineau et le CRBPO. D'autres résultats sont à venir, issus d'une étude à large échelle sur les contaminants contenus dans les plumes de moineau domestique, collectées par le réseau des bagueurs.

Plus d'information dans l'article du Journal du CNRS, et dans l'article suivant des collègues du CEBC:
Meillère, A., Brischoux, F., Parenteau, C., & Angelier, F. (2015). Influence of urbanization on body size, condition, and physiology in an urban exploiter: a multi-component approach. PLoS ONE, 10(8), e0135685

Un juvénile de moineau parisien qui a contribué à cette étude

Isolement géographique et démographique dans une population côtière de Traquet motteux

Dans les années 90, Philippe Ollivier a eu l'initiative de réaliser un suivi démographique très détaillé (SPOL) d'une population côtière de Traquet motteux Oenanthe oenanthe, au Havre de la Vanlée (Normandie). Alors qu'il avait déjà divulgué ses résultats sur la reproduction, le stage d'analyse de données de baguage d'oiseaux délivré par le CRBPO en Normandie (2012) a été l'occasion pour lui de démarrer l'analyse des données de capture-recapture collectées, et d'en extraire les estimations de taux de survie annuelle locale (par sexe et âge), le taux de croissance de la population (à partir des comptages) et d'en inférer le taux de recrutement annuel d'individus locaux et d'immigrants.
A l'époque, le Traquet motteux était en déjà déclin. La population d'étude se maintenait malgré la disparition progressive des populations avoisinantes (en 1980, la plus proche population connue était à 12 km, passant à 30 km en 2000). L'étude démographique a révélé que cette population se maintenait en fait en quasi-absence d'immigration (2 immigrants par an), presque uniquement maintenue par les adultes survivant d'une année sur l'autre, fidèles à leur site de reproduction, et les jeunes nés sur le site et revenant s'y reproduire (malgré la migration trans-continentale qui aurait pu les conduire à s'établir ailleurs). En 2004, la population a commencé à décliner, puis elle s'est éteinte en 2008 (cf. figure ci-dessous; données de comptage de Bruno Chevalier, Groupe Ornithologique Normand). La cause du déclin final n'est pas connue, mais le déclin des populations avoisinantes et la faible immigration ont probablement empêché le renforcement de la population pendant le déficit démographique, et la recolonisation après l'extinction.

Plus de détails dans l'article qui vient de paraître:


Stabilité, déclin et extinction de la population de Traquet motteux étudiée (points noirs: pendant le suivi démographique, points blancs: suivi par comptage uniquement). La ligne pointillée indique l'évolution du nombre de reproducteurs théorique en cas d'absence totale d'immigation.

 

mardi 2 février 2016

Clin d'oeil au suivi de cygnes tuberculés dans le Marais de l'Audomarois

Un programme de recherche personnel, porté par Albert Millot, a été lancé en 2015 afin de comprendre la dynamique dans le temps et dans l'espace des populations résidentes et erratiques de Cygnes turberculés fréquentant le Marais de l'Audomarois. Les méthodes employées sont l'identification individuelle à distance à l'aide de colliers, et le télélocalisation à l'aide de GPS-GSM.
Plus d'information sur le site internet de ce suivi.

Clin d'oeil du dessinateur Willy (L'indépendant du Pas-de-Calais, 4 juin 2015)